En général, j’aime écrire vite et essayer que mes doigts suivent ma pensée pendant que l’idée passe, mais pour La perte, c’est impossible. J’ai beau connaître l’histoire sur le bout des doigts, chaque partie, chaque personnage, chaque recoin, je n’arrive pas à l’écrire rapidement. Il y a une histoire, certes, mais il y a surtout des situations, des sentiments, des moments lourds aussi.

C’est différent de ce que j’écris en général et ça implique un autre rythme aussi. Une lenteur que je trouve difficile. Il va falloir que je m’y habitue. Dix-huit chapitres écrit avant décembre mis de côté. Pas qu’ils étaient mauvais, mais c’était trop racontés, pas assez sentis. Pas ce que je voulais, quoi. On recommence. On écrit un ou deux chapitres par semaine. Après deux mois, j’en suis au septième. Il y a encore quelque chose qui m’agace, je crois que je vais trop vite, pas assez au fond des choses. La mort, c’est long et ça fait mal quand on plonge dedans.

La mort, j’avoue que c’est un sujet que j’aime en littérature, même si je la déteste partout ailleurs. J’ai adoré Une mort très douce de Simone de Beauvoir (lu un mois après que ma propre mère soit décédée) et, il y a trois ou quatre ans, j’ai pleuré avec Mathias Malzieu dans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi. En littérature, en art ou ailleurs, la mort se prête bien. Peut-être parce qu’elle est à la fois concrète et abstraite: elle va arriver, mais on ne sait pas trop ce que c’est. C’est triste et on préfère ne pas y penser, on l’ignore, mais elle survient quand même. Autrement dit, elle reste là, quelque part, comme un prédateur qui guette sa proie.

C’est le sujet de La perte, évidemment. Il n’y a pas une, mais plusieurs pertes dans ce livre: on songe surtout à ceux qui meurent, mais il y a ceux qui partent aussi. Les uns, on ne leur demande pas leur avis, mais les autres… ils nous abandonnent en connaissance de cause. Tout ceci avec des personnages qui en ont beaucoup sur la conscience: une famille déchirée, une relation illusoire, une orpheline toujours plus seule… Bref, un roman lourd et lent, triste, mais avec des étincelles d’espoir, parce qu’au fond, pour apprécier pleinement la lumière, je présume qu’il faut un peu connaître l’obscurité.

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