Permettez-moi de commencer ce billet tristement, avec un magnifique extrait du roman de Mathias Malzieu, Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi. Ceux qui connaissent Dionysos, groupe de rock français, seront familiers avec l’univers qu’on y rencontre dans leurs disques, car Mathias, c’est le chanteur du groupe. Un livre que j’ai lu il y a quelques années, mais qui siège fièrement dans ma bibliothèque (la petite, celle qu’on garde sous la main parce qu’on y revient souvent). C’est beau, mais c’est une histoire triste. La mort d’une mère, la rencontre avec un géant, le désir de s’assurer que tout va bien, pour elle, là-bas, dans l’autre monde. Une aventure en deux temps: celle du deuil et celle du monde imaginaire où le petit Mathias se réfugie.

Un roman peu connu (surtout ici), mais qui mérite de l’être. Même si ça fait mal. On oublie parfois que le mal fait aussi partie de la vie. Triste, mais vrai.

Maintenant que je vous ai tout dit, ça vous dirait, un petit extrait? Retenez votre respiration pendant que ça passe…

Comment on va faire maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu’est-ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu’est-ce qui se passe pour toi là ? Du rien ? Du vide ? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort ?

Maintenant, il fait tout le temps nuit sur toi.
Tu reçois des lettres, on les donne à lire à tes vêtements, ça ne les déplie pas. Est-ce que je peux t’envoyer un peu d’Espagne, du bon champagne et deux, trois livres, maintenant qu’ils te foutent la paix avec leurs tuyaux dans le nez et le ventre, que tu n’as plus à te forcer à manger et à décrocher le téléphone?
Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi.
Est-ce que tu es partie te cacher dans un caillou, un plat à tartes, un nouveau-né, un tissu, un œuf, une broderie et comment c’est maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi?

Est-ce que ça va mieux, est-ce que c’est léger comme une bulle de laisser son corps juste là, tel un vêtement abîmé que l’on ne peut plus porter? C’est fini ce poids qui écrasait ton sourire? qui écrasait ton ventre, qui t’écrasait? Tu as pu t’échapper, dis? Avec ton sourire en poche maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi?
Même les yaourts aux fruits dans le frigo ont un goût de fané. On a beau se mettre de la limonade toute neuve, du genre geyser de goulot tendre comme un orage de sucre, dans l’œsophage, rien. Un cimetière de plus, de la nuit, du froid et encore une nouvelle couche de nuit. Nous on voit rien, on te voit plus, on n’y voit rien, on ne sait plus grand-chose. On marche dans la nuit et on ne te trouve pas, faut dire qu’on les confond toutes ces nuits, noires, épaisses comme du tissu, pas beaucoup d’étoiles, tout se ressemble.
Il y a bien les souvenirs, mais quelqu’un les a électrifiés et connectés à nos cils, dès qu’on y pense on a les yeux qui brûlent.
Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi.

Et maintenant, faut-il une raison pour parler d’un livre qu’on a aimé? Il y en a beaucoup ou trop peu: un ami qui vient de perdre sa mère, être tombée sur le roman dernièrement en rangeant des papiers, en avoir lu quelques lignes en soupirant. Les romans sont des trop plein d’émotions, selon ce qu’on y cherche et ce qu’on y trouve. Parce qu’il faut participer à la quête. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un bonheur bien triste à lire, mais un bonheur quand même.

Sur une note plus joyeuse: sachez que le troisième roman de Mathias Malzieu (car il y a La mécanique du coeur aussi) sort aujourd’hui, 16 mars, en France (aux éditions Flammarion). J’étais en état de panique de l’apprendre comme ça, comme si ça tombait du ciel une nouvelle de ce genre.

Vieux réflexe: j’ai cherché un français pour m’envoyer le roman, mais grâce à Paumadou et son conseil de le commander via le site Amazon (bah oui, j’y ai pas pensé toute seule), je réalise qu’il est possible d’avoir accès au roman plus tôt, même à l’autre bout de la planète. J’aurai donc la bête en main entre le 18 et le 21 mars prochain.

Déjà, avouez que la couverture est très mignonne.

J’ai essayé de soudoyer le mari pour un aller-retour à Paris pour me rendre à l’exposition-vernissage, mais il n’a pas voulu… snif…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.