Je m’ennuie de ces rages d’écriture qui me plongeaient dans un état quasi catatonique pendant trois ou quatre semaines (selon le nombre de pages qui s’arrachaient de ma tête). Je réalise que, depuis novembre, j’ai un tas d’histoires commencées, des belles en plus, que je n’arrive pas à terminer. Je relis, je trouve ça beau, je corrige, je change un mot ici et là, j’enlève une phrase et je referme le document. Je le laisse dormir dans un coin. Je fais la même chose avec un autre texte, puis je reviens au premier ou je passe à un autre.

Parfois, j’ai une petite rage: je ponds sept à dix pages dont je suis fière, puis ça bloque. Et puis ça repart. Comme une voiture qui n’arrive pas à maintenir sa vitesse, qui cale à tous les dix mètres.

Il faut dire que, pendant deux ans, les mots sortaient en jet. Dès que je terminais une histoire, une autre se manifestait aussitôt, jamais de temps mort. J’étais constamment habitée par mes personnages. Je m’inspirais de tout et de rien: une phrase, un geste, un accent, une situation, un look. C’était peut-être trop facile.

Maintenant, j’ai un horaire de travail qui m’empêche d’écrire le matin, alors que c’est le moment que je préfère parce que ma tête est claire et sans préoccupation. J’ai l’impression d’être en retard sur moi-même: réunions, corrections, promotions, obligations de la vie courante, etc.

Il arrive, à force de manquer d’air, que la tête finisse par émerger de l’eau. Ces jours où tout va bien, où on sort un petit 17 pages qu’on envoie à son coach avant midi, qu’on arrive à faire le ménage et les corrections dans l’après-midi et qu’on ait toute une soirée où on se sent libre, qu’on utilise même ce temps-là pour relire un texte qui nous plaît bien (mais qui n’est pas terminé) et qu’on lise des passages à voix haute devant son mari parce qu’on n’arrive pas à croire qu’on en est l’auteur. Et pour une fois, le mari a dit: « Wow, ça, c’est belle image ». Ouais, vraiment.

Y’a des jours comme ça où on se dit que la rage, elle va finir par revenir.

 

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