Je sais que j’ai déjà dit que, tant qu’à aller vers une édition à compte d’auteur, il valait mieux le faire soi-même sur des services du genre CreateSpace ou Lulu, voir ILV-Editions, mais je vais être honnête sur le sujet: je n’ai aucune envie d’acheter un roman amateur d’une personne dont le texte n’a pas été relu par un comité de lecture digne de ce nom (oui, même si ça ne coûte que sept euros). Ceci est d’autant plus vrai si cette personne n’a pas de textes « libres » sur lesquels on peut se faire une idée du style en question et qu’elle veut juste vendre son livre, et bien… non! Surtout sur ce troisième site, car il y a, là-bas, une rubrique pour publier de façon libre qui permet de recevoir des commentaires de lecteurs réels qui ne sont ni nos amis ni nos collègues de bureau et qui ne se gêneront pas pour nous dire ce qu’ils pensent en craignant de froisser notre ego.

C’est vrai que c’est désespérant d’envoyer des manuscrits ici et là (parce que j’écris beaucoup de pages, parce que ça coûte cher, parce que ça prend un minimum d’organisation et qu’on finit par oublier de le faire puisque, dans le fond, c’est écrire que j’aime). Dans ce cas, le faire soi-même, ça revient au même pour arriver à un résultat qui, lui, nous satisfait. Au moins, en partie, par vrai? Comme ça, aucun risque de recevoir une lettre de refus!

Est-ce suffisant pour se tourner vers cette alternative? Non.

Ce qui semble parfait pour moi ne l’est forcément pas pour les autres. Les titres, les couvertures et même les résumés laissent souvent à désirer dans ces sites-là (et sur certaines maisons d’éditions aussi, ça, je ne le cache pas!). Ceci dit, il n’y a pas que du mauvais et il m’arrive parfois de me demander pourquoi tel livre a été publié chez telle maison d’éditions alors le texte… Enfin, bref, là n’est pas la question! Même avec une équipe derrière soi, l’auteur a du mal à survivre ($), il doit travailler et recorriger son texte jusqu’à péter sa coche et, malgré tout, il peut toujours rester des coquilles ici et là (je ne trouve plus le billet de l’auteure qui a trouvé une faute dans son roman, mais c’était tout aussi drôle!).

Après tout ça, allez imaginer quelqu’un qui publie un roman par lui-même. Bon, ta mère est bonne en orthographe, ta soeur est prof de français, ta tante est… c’est bon, on a compris! Malgré tout, ça ne me donne pas envie d’acheter. Je suis une bonne lectrice, mais je reste exigeante. Je sais quand je lis un livre divertissant, un livre de filles, romantique à souhait ou que je tombe dans un registre bouleversant. Je reconnais les qualités d’un roman et, dans la plupart des cas, même si je ne l’apprécie pas, je sais pourquoi on l’a choisi. Parce que oui, ces livres-là, même quand ils sont mauvais à mon goût, quelqu’un les a choisi.

Et c’est là toute la différence.

« Oui, mais tu sais, les goûts et les couleurs… ça ne se discute pas! » Ah oui, tu crois? (on croirait entendre mes étudiants qui tentent de justifier un mauvais travail). Alors dis-moi ce que, toi, tu as de plus qu’eux?

1. Tu veux publier ton autobiographie, mais elle n’intéresse personne parce que tu n’es pas Mick Jagger, Justin Bieber ou Céline Dion. Ça peut marcher si tu as sauvé des tas de gens dans un crash d’avion ou, qui sait, d’une épidémie de quelque chose (et encore, dans ce dernier cas, cela reste incertain, il faut que ce soit spectaculaire et que tu aies deux ou trois drames de vie  à y ajouter: drogue, bagarre, prostitution, tentative de suicide…) tu vois le genre?

2. Tout le monde autour de toi dit que ton roman est formidable, sauf les éditeurs évidemment!, mais c’est parce que tu n’es pas vraiment dans la mode du jour, tu n’as pas de vampires ou de loup-garous dans tes romans, toi (ou peut-être que oui, tiens, enfin… c’est vrai ça, pourquoi ils aiment pas mes vampires?)
Au fond, t’es un avant-gardiste. Un jour, quelqu’un verra ton talent! En attendant, je me publie tout seul. Na na nère!

3. Tout est la faute à la théorie du complot: le système, la vie, le gouvernement, le manque de culture de nos jeunes et la récession économique sont tous contre nous. C’est vrai! Moi aussi, j’y crois! Après tout, c’est le propre de l’art: on ne sera riche que lorsqu’on sera mort. C’est la fatalité, on n’y peut rien. Dans cet ordre d’idée, il faut donc trouver de nouvelles alternatives. Pas bête!

4. Tu es un auteur connu qui veut se libérer du joug de l’édition parce qu’ils sont tous riches et pas toi, parce que tu voudrais vivre de ta plume ou un salaire plus consistant. Bonne chance! Quoique, aux USA, c’est peut-être plus facile à faire qu’ici.

5. T’as mille deux cents amis sur Facebook pour concurrencer la librairie du coin. Ton meilleur ami est riche (à coup sûr, il t’en achètera 2 copies. Tes parents aussi, tiens. Un chacun!) Ouais, pour cinq ou six ventes, ça vaut le coup d’essayer!

OK, je caricature un peu, mais pas tant que ça, parce qu’on connaît tous quelqu’un qui connaît… Par exemple: lui, il y est parvenu en vendant son e-book 99 sous. Pourquoi pas moi?

Nah! Désolée! J’ai un peu de mal avec le principe. Je ne suis pas assez… tout! Peut-être que mon mari ramène assez de beurre dans les épinards, que mon travail me plaît, que je ne suis pas une artiste tiraillée, suicidaire ou perdue dans l’enfer de la drogue.

Oh mon Dieu, je n’y arriverai jamais!

C’est vrai qu’on a tous des rêves qu’on aimerait réaliser. Par exemple, moi, je veux bien l’immortalité et une machine à téléportations pour Noël, mais je me doute que ça n’arrivera pas en 2011. Certaines choses prennent du temps, de la maturité, du travail, de la volonté… alouette!

L’auto-publication, à mon avis, c’est pour les gens impatients. Ceux qui essaient de prendre un raccourci pour arriver à destination. J’ai certaines réserves sur le milieu d’édition au Québec, mais ça n’empêche pas que je me trompe beaucoup moins souvent quand j’achète un livre que lorsque je vais en lire un sur le net.

Quant à auto-publier mes récits, je préfère encore en mettre quelques uns en ligne (en partie ou en totalité, selon mon degré d’attachement aux personnages). Au moins, là, je peux recevoir une vraie rétroaction et essayer de m’améliorer au lieu d’essayer de soutirer trois dollars et vingt-deux sous à quelqu’un qui sera amer d’avoir acheté quelque chose qui n’est pas abouti.

Peut-être que dans dix ans, ma patience va s’effriter (encore faudrait-il que j’envoie des manuscrits avant de chialer) et que vous trouverez un de mes romans quelque part par là. Qui sait? Il ne faut jamais dire jamais!