Dans ma famille, nous recevions des tas de choses, mais je ne me souviens jamais d’où elles provenaient. Je sais que ma tante nous refilait quelques vêtements, des amies de ma mère aussi. Parfois, on essayait de refiler du linge de gars (ma soeur en raffolait tandis que mon frère était dégoûté par les affaires appartenant aux autres). La plupart du temps, ma mère échangeait tout et n’importe quoi: sa table de cuisine avec le voisin, une table de salon contre une lumière un peu funky, elle voyait dans sa tête où cela irait dans son décor et elle pouvait tout foutre à l’envers, voire tout repeindre pour que ça s’accorde avec le nouveau morceau.

Je pourrais vous raconter toute une histoire sur ma mère, mais aujourd’hui, je veux parler des boîtes de livres qu’on recevait.

Vous souvenez-vous des photo-romans? (Est-ce que ça existe encore, d’ailleurs?) Chez nous, on recevait une boîte de ça deux ou trois fois par années. C’était lourd et il y en avait plein! Qui les achetait et comment ça se retrouvait chez nous? Je ne sais pas, mais je me rappelle en avoir lu une quantité industrielle pendant une période. Je crois que c’est mon premier contact avec les « livres de filles ». C’est comme un film, pas beaucoup de texte, une bd, quoi avec des becs même pas mouillé. Idéal pour les ados, tout compte fait.

Ma mère adorait lire ça!

Parfois, on recevait une caisse de romans harlequins. Tout un tas à la fois. Le pire, c’est que ma mère n’en a jamais achetés, mais il y en avait toujours une boîte dans un coin de la maison. Elle les dévorait de son côté, moi du mien, puis on se donnait nos impressions (bof, pas pire, celui-là était mieux). Pendant l’été, je pouvais en lire trois par jour. Quand la boîte était vide, on la remplissait à nouveau et on la refilait à quelqu’un d’autre. Si ça se trouve, cette boîte à fait le tour du monde.

Dans ma bibliothèque, il n’y a pas un seul roman harlequin ni de photo-romans. C’était pas à nous. C’était comme un emprunt. On les avait un temps, puis ça devait s’en aller. Est-ce que j’en aurais gardé sinon? Non. Est-ce que je me souviens des histoires encore? Non plus. J’ai bien une image d’un couple adossé contre une clôture en bois dans un champ. Ça c’était un photo-roman avec une Marina quelque chose Santi Alberto (vive Google – la fille à gauche, dans la photo).

Du côté des Harlequins, c’est pas des farces, je ne me souviens que d’une ou deux histoires. La wannabe fille qui veut devenir bonne soeur (et qui se fait convertir) et une scène avec un manteau de fourrure qu’on croit volé et dans lequel le gars planque sa bague de fiançailles. Une histoire de traîneau à chiens. Pour des québécois, c’est tout sauf romantique, ça!

Autrement dit, je me souviens de peu de choses. C’est vraiment de la littérature de consommation.

Ces livres-là, je croyais que c’était gratuit. La première fois que j’en ai vu en magasin, j’ai même demandé à ma mère qui achetait ça. C’est vrai quoi, moi, les caisses de ces affaires-là, ça tombait du ciel! En plus, c’était cher! Moi, les livres, je les achetait dans les Saint-Vincent-de-Paul: 10-15 ou 50 sous. À ce prix-là, ma mère me donnait cinq piastres pour que je puisse avoir de quoi lire pendant quelques temps, mais jamais j’ai acheté un Harlequin. Tolstoï et compagnie que ma mère m’empruntait et ne terminait que rarement. Trop long! Elle était dégoûtée par La religieuse de Diderot: « Tout ça pour ça? Pas besoin d’écrire un livre pour une affaire de même! » Les grands auteurs la décevaient souvent.

Autrement dit, les seules fois où j’ai discuté littérature avec ma mère, c’était sur des histoires de filles dans ce genre-là et ça se résumait à: c’est bon, c’est pas pire ou c’est vraiment plate. C’est tout. Et pourtant, ce sont des souvenirs que j’affectionne. Elle et moi, sur le bord de la piscine, à s’échanger nos bd de filles. Awwww!

Peut-être que mon goût pour la lecture provient de là. Qu’est-ce que j’en sais, au fond?

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