Les distractions

Je suis encore éparpillée dans tout ce que je fais. Un jour j’ouvre une histoire, le lendemain une autre. Je ne sais pas pourquoi je n’arrive pas à me concentrer sur un seul projet à la fois. Mon cerveau ne veut pas rester là, à ne faire qu’une seule chose. Tout le distrait. Si je le force à travailler un passage, il se donne à fond, puis se fige brusquement, demande autre chose. Pire qu’un enfant obstiné.

Parce que j’en avais assez d’écrire dans le bus, je me suis décidé à relire un vieux truc. Plus facile de gribouiller sur un manuscrit que d’écrire dans un carnet quand ça tremble. Résultat: j’ai un tas de choses à changer (évidemment, je l’ai écris en trop peu de temps!). Quelle idée de tomber dans une histoire qui me plaît autant, aussi! Je n’ai pas pu m’arrêter avant de passer au travers. Les personnages ont repris vie dans ma tête, les solutions pour améliorer le récit m’apparaissent comme des ampoule 100 watts qui m’éblouissent un peu partout. Je vois les mots doublons avec une facilité déconcertante (peut-être, justement, parce que ma concentration est loin du texte). Je me bats pour ne pas rouvrir ce fichier-là aussi. Lâche-moi, Alice! Prends ton numéro, j’ai des trucs à faire avant de fortifier ta colonne vertébrale!

Peut-être que deux ans, c’est assez pour avoir du recul face à un texte. Ou alors c’est le fait que je reste en surface, que je ne plonge pas dans le texte quand je le relis. En tous les cas, je ne vois plus les choses de la même façon. Les incohérences sont visibles, les coupures à faire aussi (moi, couper? wow). On n’a beau dire: je pense qu’on apprend beaucoup en écrivant, même si ça n’a aucun but. Ça force notre tête à structurer, à dire, à construire. Enfin… on verra bien si j’arrive à ficeler ça aussi.

Est-ce que j’avais deux mois de vacances, moi? Soupir.

Dire qu’il y a deux ans, on ne pouvait plus me décrocher de l’écran et du monde imaginaire que je construisais. Je tenais mon histoire comme un chien enragé tient un os: je ne lâchais pas prise tant que je ne l’avais pas terminé. Après: hop!  je sautais sur un autre projet. J’étais infatigable. Awww. Je voudrais bien redevenir aussi freak. Ça dure combien de temps la fatigue?

Heureusement, lire un manuscrit sur papier, ça se fait drôlement mieux au soleil que d’écrire sur un laptop! Si je passe au travers des cinq tomes, je vais peut-être avoir un peu de bronzage, tiens. Ben quoi? Il faut voir le bon côté des choses!