Il y a de ces clics ou de ces tweets hasardeux qui nous connectent ou nous font dériver un peu partout sur le net. C’est probablement comme ça que Jo Ann est tombée dans ma caverne et que je suis tombée dans la sienne. Serrement de mains virtuels, deux ou trois tweets et hop! la voici qui pond un billet sur la panne. Un sujet que je déteste et que j’adore en même temps, parce qu’il évoque beaucoup pour moi: la peur, le gouffre, le vide. Pour elle, il s’agit d’un vide de lecture, mais en lisant son billet, j’admets avoir songé que tous les vides se ressemblent. Quand il y a un manque, il est là, peu importe ce que c’est.

Après huit ans d’une thèse que je n’ai jamais achevée, j’ai dévoré un tas de livres parce que j’étais en manque d’évasion. Pendant ma rédaction, je n’arrivais pas à lire autre chose que ces maudits livres de théories qui m’ancrait dans une réalité que je détestais. Ces lectures ne faisaient qu’alourdir ma tâche. Je me sentais coupable de me détendre. Après, plus c’était léger, plus j’appréciais.

Si vous êtes dans un processus d’écriture (n’importe lequel), en faites pas la même erreur que moi.

C’est aussi après la thèse que j’ai commencé à écrire. Je devrais dire: que c’est devenu une obsession. Là aussi j’ai été en manque pendant trop longtemps. J’écrivais du matin au soir et quand je n’écrivais pas, tout restait lié à mes histoires. Ma tête était toujours ailleurs. Dès que j’avais trois minutes, je plongeais: avec un crayon, un ordi ou juste en fermant les yeux. Le but, c’était d’essayer toutes les possibilités et de les explorer avant de choisir celle qui m’emmènerait le plus loin possible. Parfois je me disais que ça ne passerait pas, mais finalement… ça passait. Délire total quand on agence tous les petits détails pour en arriver à un but précis, pour que ce soit crédible.

Puis il y a eu le creux. Ce moment où j’ai finalement laissé une histoire en plan, où j’étais fatiguée. C’était une histoire que j’aimais en plus. Elle était différente et difficile, puis j’avais bien d’autres choses en tête, à ce moment-là. J’en ai commencé une autre, puis une autre, puis ça été le néant. Plus rien ne sortait et je me suis dit: ça y est, c’est fini. Deux ans, six histoires et puis c’est tout. Je n’ai plus rien à dire. Déjà? Et les histoires en suspens? Et les corrections? Et… tous ces personnages qui me trottent encore dans la tête?

Rien.

Dans ces cas-là, on attend. On se dit que ça va finir par passer, mais l’angoisse s’installe quand même. Et si c’était vraiment fini? Bon, je ne suis pas à plaindre, j’ai de quoi faire pour un bon moment avec mes histoires si je replonge dans mes corrections et que j’ajuste ce qui m’énerve, mais… quand même. Ça ne vaut jamais l’instant où on est « dedans », quand on rédige et qu’on se dépêche de tout mettre parce que l’idée est là, parce qu’on a hâte de le figer sur le papier, parce qu’on sait que c’est exactement ça qu’on veut dire.

Le vide, c’est ça aussi: savoir qu’on peut faire quelque chose, mais ne plus arriver à le faire. Se dire qu’on n’y arrivera peut-être plus jamais. Et puis, à quoi ça sert d’avoir un tas d’histoires dans la tête si on ne peut pas les écrire? Bloquée, angoissée. C’était pire qu’un vertige permanent.

Je ne dis pas que je ne connais pas la panne de lecture comme Jo Ann, mais elle, j’avoue qu’elle ne m’affecte pas autant. Quand je suis désespérée de lire des histoires qui m’énerve, je retourne à ce que j’aime: j’ouvre un Kundera, un Woolf, un Malzieu, un Brautigan. Hop! L’espoir est dans ce qui a été, on sait que tout reste à faire, mais qu’il y a des oeuvres difficilement sur passables, c’est comme pour la musique.

Depuis trois semaines, pour moi, l’écriture repart. Peut-être que j’avais besoin de temps, de vide aussi. Ce n’est plus la folie d’il y a deux ans, mais ça repart quand même. Je fais du 5000 mots par jour (et j’ai même tenu hier et aujourd’hui, yay!) Je n’ai pas encore terminé de nouvelle histoire, je suis confiante pour Le cercle félin. Ça avance bien et je vois où je m’en vais.

Le creux s’estompe, enfin. La morale de cette histoire: la vague doit bien finir par remonter, pas vrai?

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