La première fois que j’ai ouvert un cahier pour écrire, je devais avoir treize ou quinze ans. Je ne me souviens même plus de l’histoire, mais c’était à n’en point douter une histoire d’amour. Quinze ans plus tard, il paraît évident que je n’ai jamais su écrire que de la romance. Loin de moi l’idée d’en être malheureuse, au contraire! Je l’assume complètement. D’ailleurs, serais-je capable de faire autre chose? Pas sûre…

Mais qu’est-ce que la romance, exactement? Les gens aiment classer, mais ce n’est pas toujours évident. Pour le principe de rire un peu, voici quelques éléments de réponse…

Qui dit romance, dit clichés

Avouons-le, Disney et Harlequin ont forgés des clichés difficiles à détruire dans nos têtes de princesses. Les hommes sont toujours riches, beau (des princes, rien de moins) et ils peuvent pratiquement lire dans les pensées des ingénues jeunes femmes. Soyons honnêtes, il y a toujours un ou deux clichés en romance, on dirait que c’est obligé. Si vous en écrivez, pitié: évitez la surdose! Par exemple: les beautés irréelles, les monsieurs muscle au huit packs, les femmes aux jambes d’un mètre de long, les cheveux ou la peau aussi douce que la soie, la vierge qui est automatiquement une tigresse au lit ou qui est super agile comme une gazelle même en portant des godasses de 3 pouces. Non mais… as-tu déjà essayé de courir avec des godasses de 3 pouces?

Personnellement, je décris rarement mes personnages ou les lieux. J’aime qu’on s’identifie à eux et que l’écart entre la chose décrite et moi, qui suis réelle et concrète, ne soit pas trop vaste. L’amour, ce n’est pas un corps, c’est un lien qui se forme entre deux personnes. Je ne dis pas que ça ne compte pas (chéri n’est pas moche, ouf), je dis seulement que c’est plus que ça. Mon homme idéal n’est pas votre homme idéal (et heureusement, d’ailleurs). À chacun le sien, comme ça il y en aura pour tout le monde!

Qui dit romance, dit conflit

Dans toutes les histoires, il faut un conflit et la romance n’échappe pas à la règle. Il faut obligatoirement quelque chose qui empêche nos deux tourtereaux d’être ensemble (autrement, passons vite à l’étape 2). Une épreuve, quelque chose d’assez gros, mais de crédible évidemment (si elle se casse seulement un ongle, je ne peux pas croire que ce soit une épreuve insurmontable). Avec qui tombe-t-il amoureux? Sa cousine? Sa nièce (ouais, Pauline… aheum). La femme de son frère? Arg! Dans tous ces cas, ça craint! Et c’est parfait comme ça! Plus il y a d’obstacles, mieux c’est. Enfin… presque. Il faut aussi trouver un moyen de dénouer tout ça qui ne fasse pas méga-happy-end comme par magie (soudain, tout le monde fut heureux de cette union ou tout d’un coup, au bout de 356 pages, il la voit vraiment et tombe amoureux).

Qui dit romance, dit parcours tout tracé

Je n’ai aucun problème à savoir qui va finir avec qui. Dans le film La momie, j’adore quand le personnage principal dit: « Sauvez le monde, toujours la même histoire ». Oui, c’est toujours la même histoire, parce que le but n’est pas ce qui importe: c’est le récit qui prime. Comment va-t-il sauver le monde? Comment l’union de vos personnages prendra forme? Personne n’est surpris si je dis que tous les Disney finissent bien, mais ça n’empêche pas qu’on a tous vu les films (et qu’on les aime, non?).

Même si on connaît tous la fin de l’histoire, prière de rester cohérent dans le parcours que vous nous faites suivre. Rien ne m’agace autant que de lire une histoire ou de regarder un livre et de me dire: « Ouf! C’est tellement arrangé avec le gars des vues ». Le gars des vues, c’est celui qui tire les ficelles (l’auteur ou le réalisateur) et il les tire de façon si peu subtile qu’on les voit à l’écran. Trop de hasards tuent la crédibilité de l’histoire. Un personnage ne peut pas deviner qu’un autre sera exactement à tel endroit à une heure précise (à moins d’avoir engagé un détective privé ou de l’avoir suivi préalablement). Un personnage ne peut pas tomber par hasard sur une autre dans une foule de 10 000 personnes (Time Square un 31 décembre). Il y a quand même des limites au hasard! Trouvez-vous un bled pourri de 200 habitants et trente rues où tout le monde tombe toujours sur tout le monde. Là, on y croira! Autrement, réfléchissez un peu plus.

Une rencontre, c’est déjà un hasard. Amusez-vous avec celui-là, faites-le spectaculaire, s’il le faut. Pour le reste, creusez-vous les méninges! Le parcours importe plus que la fin. C’est comme la vie, quoi, tout le monde sait que la mort nous attend, mais ce qui compte, c’est ce qui se passe avant qu’on y arrive.

Qui dit romance, dit fin heureuse

Je ne dis pas que toutes les fins doivent être heureuses et qu’on ne peut pas extraire une larme ou deux à son lecteur, mais s’il vous plaît, ne me donnez pas envie de me jeter en bas du pont à la fin de ma lecture. Ouinnnn je suis célibataire pour le reste de ma vie! Jamais je ne trouverai un vampire qui brille au soleil! Euh… enfin… vous comprenez ce que je veux dire… La romance, c’est une littérature du coeur. Il faut un peu d’espoir. Laissez-moi rêver, bon sang!

Si je sortais d’un Disney en larmes, j’y songerais à deux fois avant de retourner en voir un (je déteste pleurer au cinéma, c’est plus simple de le faire dans mon salon, sur mon canapé, pendant que chéri se moque de moi). Ce qu’on aime, dans la romance, c’est de savoir qu’il y a de l’espoir pour les célibataires (ou même pour les gens mariés, tiens, on ne sait jamais, après tout). C’est chouette de tomber dans une histoire qui nous fait rêver, qui nous déroute et qui nous fait vivre toute une gamme d’émotions. Et c’est tout ce qu’on demande. Pitié, arrêtez-là.

Et histoire d’être honnête avec vous: moi, je préfère les histoires qui se terminent bien et pas de celles qui restent ouvertes et qu’on doit s’imaginer la suite (ma tête va très bien, merci, si je voulais imaginer une histoire, je n’en achèterais pas une!)

Qui dit romance, dit érotisme

Si les premiers romans Harlequin que j’ai lu étaient soft (trié sur le volet par ma mère, bien sûr), j’en ai découvert de bien plus crus! Au début, c’était des histoires de filles qui ne connaissaient rien à rien (possiblement vierges ou fortement bêtes – ou les deux) que l’homme qui sait tout venait sauver d’une vie de nonne ou de platitude. Encore une fois, on est dans la réutilisation des motifs de Disney. L’amour au premier regard. Nul besoin de se connaître pour savoir que c’est l’homme idéal. Après tout, le but est d’atterrir dans le même lit et de faire des enfants (ils vécurent heureux et… vous voyez le lien?). Le reste, au fond, on s’en balance! Euh… non.

Depuis, quand même, la romance a bien changée. Les filles ne sont plus vierges (quoique dans la plupart des histoires, elles sont rarement dégourdies et ne connaîtront l’orgasme – le vrai, évidemment – qu’avec Monsieur). La femme ne dira jamais: « j’ai connu mieux, mais c’était pas mal… » et heureusement d’ailleurs (autrement, on peut oublier le « ils vécurent heureux… »), parce que dans la romance, Monsieur a aussi beaucoup d’ego.

Certains disent que les femmes qui lisent les livre de romance cherchent avant tout l’érotisme. Si ce n’est pas le but premier de la romance, c’est – à mon avis – un passage obligé. Pas qu’il doive obligatoirement contenir une scène X, mais pour faire des enfants… enfin… ça aide. Il n’y a qu’à lire les histoires de vampires qui brillent au soleil pour savoir que les * * * frustrent énormément. Évidemment, si on lit les séries Anita Blake ou Merry Gentry, on risque d’en avoir pour son argent… du pornos déguisés, ça? Euh… peut-être un brin. Et peut-être trop, aussi. Dans tout, comme dans l’érotisme, il faut savoir doser.

Qui dit romance, dit homme + femme

J’aimerais bien que ceux qui écrivent de la romance arrêtent de recréer des relations qui datent des années 20. L’homme n’est pas toujours celui qui doit faire les premiers pas et la femme n’est plus une belle au bois dormant qui dort jusqu’à ce qu’elle reçoive le doux baiser du prince charmant. Personnellement, quand j’ai rencontré chéri, je lui ai fait du rentre-dedans qui ne laissait place à aucune interprétation (et comme ça fait 15 ans qu’on est mariés, je présume que ça a fonctionné). Il va sans dire que le féminisme a encore du chemin à faire et que ce genre de récit ne nous aide pas beaucoup.  Quand on songe que la majorité des auteurs sont des femmes… arg! Pitié, évitez les filles qui attendent près du téléphone en rongeant leur frein et des hommes incapables de dire ce qu’ils ressentent.

Évidemment, si vous faites dans la romance historique… là, c’est une autre histoire. Quoique…

Quand je lis une histoire d’amour et que la fille passe son temps à attendre que l’homme prenne une décision… ça m’ennuie terriblement. Je ne suis pas bonne en bio, mais je suis certaine que la femme a une colonne vertébrale quelque part. Faites donc en sorte qu’elle s’en serve. Dans la vie, l’homme n’est pas toujours l’être fort et il ne doit pas nécessairement sauver la belle d’un dangereux dragon pour me plaire (on l’a déjà lu, cette histoire-là, et plus qu’une fois!). Essayez donc de faire mieux que ça. On ne réinventera peut-être pas la roue, mais elle pourrait au moins tourner un peu plus rond. Les stéréotypes… rangez-les un peu, que diantre! On est en 2012, dois-je vous le rappeler?

Des exemples, ça vous dit? La fille qui tombe en panne ou qui a une crevaison et qui ne sait plus quoi faire (CAA, tu connais?) ou qui ne sait pas cogner un clou avec un marteau (euh… vraiment?) ou qui ne pense qu’à sa garde-robe (bon, ça, il y en a, c’est vrai, mais pas dans mon entourage). Ah, la meilleure: celle qui sort obligatoirement toute nue (ou presque) quand le gars passe par là (mais qu’est-ce qu’il fout là à sept heures du matin? T’as pas de serrure ou quoi?) Bref, autant de situations qui me font décrocher de l’histoire. On reste dans la femme-objet et dans l’homme des cavernes. Est-ce tout ce qu’on peut offrir?

Décidément, il reste encore du chemin à faire…

En guise de conclusion?

Je ne pense pas qu’on puisse définir un genre aussi vaste que la romance. Parfois, je lis des polars ou des récits fantastiques qui ne sont pas, à proprement parlé, des histoires classées dans cette catégorie, mais qui en font pourtant bien partie. Difficile de catégoriser une histoire dans la rubrique « romance » dès l’instant où il y a une histoire d’amour.

Bon, je suis en feu! À la base, je pensais pas faire un billet aussi long, mais j’avoue que je me suis bien amusée à le rédiger. C’est la faute à Jeanne avec qui j’ai eu une discussion sur le sujet, cette semaine. Il faut dire qu’elle part justement sa maison d’éditions en… devinez? Romance!

Je pourrais probablement ajouter deux ou trois rubriques tellement le genre est riche en préjugés. Si vous en avez… n’hésitez pas à laisser un petit commentaire! Ça m’intéresse!

5 thoughts on “De la romance…”

  1. Justement, Jeanne avait écrit un billet sur les clichés sur son ancien blog. J’avoue que je croyais dans la plupart des clichés. Et après quand on m’a dit que Littlejohn était de la romance, j’ai eu un choc, puisque ce n’était pas le but. Ensuite, catégoriser un roman dépend toujours de la personne qui le lit. On me disait que c’était de la romance alors que je croyais que c’était juste un roman de dépassement de soi.
    Et puis… une histoire sans une toute petite histoire d’amour, sans une étincelle… je n’y crois pas. Même si mes personnages ne sautent pas dans les bras l’un de l’autre (genre mon Nano 2006 où Joe reste les bras branlants à la fin ;-)), il doit y avoir quelque chose…
    Et contrairement à toi, j’adore une fin ouverte. ,-)

  2. Moi j’ai du mal à écrire de la romance 100% pur jus. Derrière, il me faut toujours un moteur autre que l’amour… justement parce que j’ignore comme telle ou telle personne verrait et vivrait la situation. Du coup je me limite ahah Mais ça m’est quand même arrivé deux fois d’écrire de la romance et, fait étrange, mon Zniak a aimé !! 😮 M’enfin, voilà. Très approfondi ton billet 😉

    1. C’est surtout ironique 😉 mais même quand mon thème principal est autre part, l’amour reste toujours en trame de fond. Enfin… il me semble 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.