Je n’aime pas utiliser ce blogue pour parler de politique. En général, c’est un sujet qui m’ennuie, souvent mal interprété, biaisé, surtout dans un société ou la désillusion règne. Pourtant, je ne peux pas me taire quand je vois la jeunesse se lever, redécouvrir ce qu’est le pouvoir citoyen et persister dans leur lutte. Pour avoir longtemps milité à contre courant, j’en suis ravie.

Je le dis d’emblée: je ne suis pas contre la hausse des frais ni pour la gratuité scolaire, mais je suis pour un réaménagement des finances publiques. Un grand ménage, quoi! Jour après jour, personne n’est dupe: notre argent ne dessert pas nos intérêts, personne ne saurait dire où il va et lorsque nos élus s’en mettent plein les poches, on soupire et on râle… puis on oublie. On peut dire ce qu’on veut, tout est relié: nous mettons des gens au pouvoir qui sont censés représenter ce que nous sommes et viennent, d’un autre côté, brimer nos droits afin de masquer la corruption qui les définit (oui, la commission Charbonneau commence aujourd’hui, mais ne se terminera qu’en septembre… possiblement APRÈS les élections, quelle ironie!)

Je l’ai toujours su, mais je suis ravie de voir que d’autres s’en rendent compte: au Québec, nous sommes différents. Tellement que les autres provinces songent à nous foutre dehors, go for it! Il n’y a pas que notre langue qui soit différente, mais nos valeurs et notre culture. Ce qui se passe, en ce moment, le prouve bien.

Nous pouvons toujours choisir de fermer les yeux et d’avaler la désinformation que nous sert à grandes bouchées les médias nationaux (ah les jeunes, tous des violents, des casseurs, des maudits paresseux qui ne veulent pas aller en classe), mais on peut aussi se demander qui, depuis le début de cette crise, a eu le courage de se lever? Le lock-out au journal de Montréal, le fiasco d’Aveos, le plan Nord, la corruption… tout le monde se tait, tout le monde détourne la tête, car ce n’est pas dans notre cour que ça se passe. Voilà la pire erreur de notre société: nous payons tous pour ça. Nous finançons, nous aidons les entreprises à venir s’installer ici, nous les regardons partir avec nos richesses et nos subventions, les poches pleines en nous laissant des miettes et, pire! à tout reconstruire.

Sachez-le: nous payons déjà assez pour les erreurs du gouvernement. Tout le monde le sait, tout le monde se tait, personne ne sait quoi faire.

Et voilà que les jeunes décident de se lever. Là où tant d’autres auraient dû le faire, bien avant, devant la corruption et la mauvaise gouvernance de notre état. Bien, eux, ils l’ont fait. Chapeau! Et ils persévèrent! Voilà ce qui trouble autant: ils auraient dû s’en aller en grève et rester chez eux pour se gaver de télé et de jeux vidéos, mais non: ils manifestent: jour, soir, nuit, partout, tout le temps. Ils sont créatifs, ils ont des idées, ils vont plus loin que ce qu’on avait prévu. Tant mieux.

Ils commencent peut-être à comprendre qu’il y a trop de mains sur le volant. Et que tous les problèmes que le gouvernement passe sous silence leur sera livrés dans un sac à merde dans quelques années. Tout le monde sait que la santé va exploser, que les pensions vont faire chuter l’économie, que nous ne sommes pas à l’abri de ce qui se passe, ailleurs dans le monde. Alors autant prendre ce qu’on peut là où les gens ne diront rien, dépêchons-nous de nous remplir les poches avant que ça saute. Payez et taisez-vous! Eh bien non!

Ces jeunes-là sont l’avenir, nous l’oublions trop souvent. Ils n’ont pas à payer pour la société qu’on leur laisse. Ils ont voix au chapitre. Ce sont eux qui paieront pour la mauvaise gestion de nos avoirs, pour les pensions, l’environnement et, évidemment, leurs études, celles de leur enfants, etc. Partir hypothéquer d’une maison à la fin de ses études, c’est inacceptable. La génération d’avant peut bien se plaindre que les rues du centre-ville sont bloquées, ce n’est pas elle qui vivra avec le fardeau désastreux qu’on livre à une génération. Et oui, je sais que des vitres cassées coûtent cher, que ce conflit est plus dispendieux que la hausse et bla bla bla, mais il y a des moments dans la vie où les questions de principe valent davantage que la question monétaire ou que le bien individuel. Demandez à tous les peuples soumis ce qu’ils en pensent…

Pour une fois, ne fermons pas les yeux.

Tout ce que demande les jeunes, c’est une négociation en bonne et due forme (pas juste une mise en scène servant à museler la société avec une loi qui n’a aucun sens). Pourquoi plus d’argent et à quoi va-t-il servir? Personne n’arrive à leur répondre! C’est quand même un comble! Quand on sait que l’UQAM a perdu des millions dans l’îlot voyageur et que les salaires augmentent en flèche, il y a de quoi se poser des questions. Si votre fils vous demande plus d’argent de poche, vous lui demanderez forcément la raison. Raison injustifiée: hausse injustifiée.

Et encore, je suis sans voix devant le mépris dont fait preuve non seulement l’homme qui nous dirige (car, je dois l’admettre, je lui tire mon chapeau d’ouvrir les yeux à toute une génération), mais surtout les gens de cette société qui ne se sentent pas concernés par cette crise. Continuez à vous bercer devant la télévision, les choses iront sans doute mieux demain matin. S’ils le disent, c’est sûrement vrai.

Aux jeunes, je dis bravo!

Une lettre que je partage:

One thought on “De silence et d'argent”

  1. J’approuve. Cette loi est une farce révoltante, un acte de répression et de fermeture. Nous ne sommes pas supposé être dans un régime totalitaire. Oui, la situation est désagréable. Oui, on se croirait en état de siège et ça me fait peur. Mais c’est quelque chose qui doit être fait : se tenir debout.

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