On a beau dire, envoyer un manuscrit à un éditeur ou un démo à une maison de disque, ça s’équivaut. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Et après, quoi ? Une fois sur les tablettes, qui gagne ? Dans un sens, la radio est la tribune rêvée pour faire mousser un produit musical. Quand je ne veux pas entendre le dernier hit de la poulette de l’heure, je l’entends quand même dans la voiture ou sur les cellulaires (et même dans les pub, ces temps-ci). Heureusement, chez moi, je peux faire en sorte que le silence domine.

Peut-être que c’est la même chose pour la télévision. Suite à l’écriture de la série, on me disait : “Je ne peux pas croire que L’auberge du chien noir a une subvention alors que notre produit est bien meilleur”. C’est sûr, mais n’est-ce pas pareil avec les livres ? Combien de fois j’ai lu un livre décevant, mais pourtant best-sellers. Ça peut rendre fou, ce cirque.

Dans cet ordre d’idée, en écoutant la radio (ce qui m’arrive peu souvent, je dois l’admettre), je me suis demandé quelle tribune avait les mots ? Il y a quelques émissions littéraires (sur la radio de Radio-Can, par exemple), mais nous sommes loin de ce que la radio apporte à la musique elle-même. J’ai beau lire vite, la lecture est une activité qui prend du temps et qui demande un effort (contrairement à la musique ou la télévision). Souvent, je vois mes étudiants se désespérer devant des livres de cent ou de deux cents pages. Il y a plus que la lecture dans le faire de lire, il y a aussi la compréhension et l’amour des mots. Est-ce que, vraiment, ça s’apprend ? C’est vrai qu’on ne peut pas demander à tout le monde d’être passionné par la même chose, mais quand même ! Lire ! N’est-ce pas utile, dans une vie ?

Je viens d’un milieu défavorisé et je dois probablement lui dire merci pour cette passion de la lecture que j’ai. Sous-sol d’église, comptoir Saint-Vincent-de-Paul font partie de mes libraires préférés: odeur de poussière, achats inconsidérés jusque parce que l’image ou le titre me plaisait. À ce prix-là, pourquoi s’en priver ? Le deuxième sexe de Beauvoir, neuf, les deux tomes en format poche : 1,49 $. Aucune librairie usage ne fait un “deal” pareil ! Et à force de remplir ma bibliothèque, je lisais au lieu de m’ennuyer. J’ai la passion des livres, d’abord, de l’objet, de son odeur, du papier et tout le reste, mais j’ai aussi celle des mots. Combien de fois, au cegep, mon professeur ne nous a pas relu des passages juste en ajoutant : c’est pas beau, ça ? Et comme j’étais préoccupée par la compréhension du texte (celle que l’on évalue durant les examens) ce n’est qu’en cet instant que j’ai compris que je passais à côté de sa beauté aussi. Les mots, c’est la force d’un texte. On peut tous écrire la même histoire, mais certaines seraient meilleures que d’autres, forcément.

C’est comme ça, un jour, que j’ai appris à aimer non seulement la lecture, mais la relecture aussi.Comment faire pour partager cette passion aux jeunes ? C’est une question qui m’interpelle. Quand je vois une étudiante arriver avec une brique, je lui pose toujours des questions sur sa lecture, histoire que les autres se sentent intrigués par l’histoire, qu’ils aient envie de lire, eux aussi. Est-ce que ça fonctionne ? Pas sûr. Je suppose qu’il faut des passionnés pour en passionner d’autres, mais la lecture, ce n’est pas une cause facile par les temps qui courent…

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