Le bonheur quand on écrit, c’est de pouvoir créer des situations impossibles, de pousser nos limites, d’aller plus loin, là où nous ne serions jamais allés (ou peut-être que oui, au fond, qui sait?)

L’écriture, c’est un labyrinthe. Nos personnages font des choix qui scellent leur destin, ils ont accès à des parcours, à des possibilités, à plusieurs alternatives. Comme dans la vie réelle, ils ne peuvent prendre qu’un seul chemin, mais dans notre esprit, il y en a tellement! Vers où les guider?

J’aime créer des petits schémas dans lesquels j’explore plusieurs pistes où envoyer mes personnages. Selon leur caractère, leur façon de réagir aux évènements, cela modèle mes choix. Le problème, c’est que le personnage n’est jamais seul dans son aventure. L’auteur est là pour le regarder tomber, l’aider à se relever, poursuivre sa route, l’emmener vers son but (qui est parfois la mort). Autrement dit, l’auteur est responsable des joies et des peines de son personnage, vie l’aventure à ses côtés et l’accompagne dans sa tâche.

À la fin de l’écriture, il ne reste qu’un seul parcours lisible, mais combien d’autres ont germés dans notre esprit? Combien de chemins avons-nous empruntés avant de le faire tourner dans une direction plutôt qu’une autre? Combien de choix avons-nous fait, de pistes avons-nous laissées se perdre, bien que tout aussi plausibles que celle que nous avons choisie?

L’auteur n’est pas toujours tendre avec ses personnages.

« Les personnages ne naissent pas d’un corps maternel comme naissent les êtres vivants, mais d’une situation, d’une phrase, d’une métaphore qui contient en germe une possibilité humaine fondamentale dont l’auteur s’imagine qu’elle n’a pas été encore découverte ou qu’on en a rien dit d’essentiel. » Milan Kundera.

Mes personnages naissent toujours d’une situation complexe. Comme le dit Bob Mayer dans son livre Écrire un roman, toute histoire commence par une question: “Et si?” Et si ceci existait ou si cela arrivait? Ose regarder ce qui en découlerait. Il m’arrive de croire que mon personnage ne supportera pas la route, que l’histoire va s’écrouler dès que je vais forcer la note. On donne des balises, on place une Sara, une Alice ou une Charlotte dans une situation donnée (oui, je sais, je suis toujours du côté des filles) et on regarde ce qui se passe. Comme si notre cerveau était un petit laboratoire virtuel, un peu méchant, parfois cynique, mais souvent compréhensif (oui, parce que j’aime les jolies fins).

Par contre, le parcours n’est pas de tout repos: j’aime pousser mes personnages au bout d’eux-mêmes, les faire chuter, les suspendre dans le vide, les faire douter de leurs propres choix. J’aime explorer ce que je ne comprends pas: comment les gens peuvent arriver à vouloir se suicider? Comment l’humain peut-il soudainement basculer dans la folie? Comment la vie arrive-t-elle à nous tuer à petits feux, à nous faire courber sous le doute, à nous faire voir des signes partout, à nous guider vers le mauvais choix?

« Le roman n’est pas une confession de l’auteur, mais une exploration de ce qu’est la vie humaine dans le piège qu’est devenu le monde.» Milan Kundera.

Je ne suis pas toujours tendre avec mes personnages, mais je pleure avec eux, je traverse leurs épreuves, je les aide à s’en sortir. Comme le disait Paumadou dans un magnifique billet, mes personnages luttent et ils s’en sortent (la plupart du temps), parce que ça: c’est la part de moi en eux. Il faut se battre, il faut y croire. Les épreuves, elles existent, partout et toujours, mais elles doivent nous rendre plus fort. Parfois on n’en voit plus la fin, mais il faut s’accrocher. La pluie finit par passer. Il est vrai que je déteste les personnages faibles, les victimes, ceux qui attendent qu’on les relève toujours (awww, cela me fait encore penser à Kundera et à la pauvre Tereza qui n’attend que cela: qu’on la relève inlassablement) et pourtant, il est vrai que nous avons tous nos moments de faiblesse et de doutes.

Moi, ces moments (que ce soit les miens ou ceux des autres), je veux qu’ils deviennent matière à l’écriture parce que je crois que c’est là où le travail de l’écrivain commence. J’expérimente, j’envoie Charlotte au front, je la fais chuter: par ici ou par là? Il y a tant de possibilités pour la mener à bon port, pour la faire chuter, pour la pousser dans le vide et pour voir comment elle va s’en sortir avec toute sa culpabilité.

«Le roman est une méditation sur l’existence vue au travers de personnages imaginaires.» Milan Kundera.

Drôle de voir que la plume volage vient de publier, au moment où j’écris ces lignes (hier, donc), un billet sur l’écriture qui nous habite, même quand on n’écrit pas! Je suis on ne peut plus d’accord avec toi, Isa!

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