Je fais rarement des statuts politiques. J’aime les lire, j’aime m’en inspirer, j’aime voir les gens sauter dans l’arène, mais je trouve – assez souvent – le débat vain. J’ai pourtant étudié Beauvoir et son Deuxième sexe, Cixous, Irigaray, Butler, etc. Quand je lisais tous ces textes, je me disais: la lutte est belle, vivante, elle a fait plein de choses, mais elle date un peu, il faudrait réactualiser tout ça (elle l’a été, je sais, mais sur le moment, j’aurais aimé lire des textes plus récents pour que ça me rejoigne davantage). Avant, je ne voyais que le chemin accompli, avec l’idée qu’on y était presque arrivé, aujourd’hui, je vois plutôt le recul face à ces luttes menées. Quand on met des misogynes assumés au pouvoir, sur une terre défendant la liberté,  c’est qu’il y a un problème quelque part. On peut être scandalisé (et on doit l’être) de ce que les femmes subissent encore dans certains pays, mais même dans nos pays dits démocratiques, il reste tellement de travail à faire pour obtenir l’égalité. Il ne fait pas toujours bon d’être une femme (de moins en moins, parfois). Il faut en faire plus pour être reconnue, vue, entendue. C’est épuisant. Déprimant. Triste aussi.

Puis il y a des moments durant lesquels les femmes se lèvent, se choquent, des #metoo, des prises de parole, etc. Là, je vois que la lutte se poursuit, que les silences se brisent, que les vagues remontent. Ça fait du bien. Pas toujours, évidemment, puisqu’on se demande constamment pourquoi on doit encore justifier notre égalité. Parce qu’on se retrouve devant des idiots, des trolls, des gens qui se butent, qui sont aveugles, qui ne voient que leur petit bout de terrain et se fichent du reste. Mais on oublie souvent que ce n’est pas contre eux qu’on se bat, mais pour celles qui n’osent pas / ne peuvent pas le faire, pour nos enfants, pour ce monde aussi, parce qu’il se gangrène par la haine au lieu de chercher à s’élever par l’amour, le respect et le bon sens.

Certains croient aussi que le fait d’écrire de la romance ne me donne pas le droit de me prononcer sur les femmes, que le genre littéraire que j’aime, pour lequel j’écris et que j’étudie me confine à laisser la femme dans un rôle de soumise, que je ne fais que reproduire des schémas amoureux inégaux (ajoutez à cette liste ce qui vous fait envie). Vous avez le droit de le croire, bien sûr. J’ai l’habitude, hein. Il me suffit de croiser quelques regards lors de mes récentes études pour voir que je ne suis jamais prise au sérieux. Peu m’importe. À un certain moment, on s’en fiche. On sourit. On laisse passer. Je n’ai jamais aimé me justifier. Je fais. J’écris. Je créé. Je laisse aux autres le soin de juger.

N’en déplaise à beaucoup, la romance n’est plus ce qu’elle était. Elle est (et elle était – comme l’a bien montré Julia Bettinotti dans son ouvrage La Corrida de l’amour) un portrait de notre société – pas toujours juste, certes, et parfois embelli, mais il n’en reste pas moins un portait. Aussi varié et hétéroclite que la vie elle-même – dans des configurations assez proches de la réalité. Certes, la romance a souvent servi d’outil de propagande, elle n’a pas facilement eu accès aux librairies, son passé n’est pas que glorieux, j’en conviens, mais elle est là, elle se transforme, elle renaît de ses cendres et elle n’a qu’un seul but: parler d’amour (tâche ô combien difficile dans le monde actuel).

S’il est beau (et noble) de vouloir tout connaître du monde, de la science et de l’histoire, qui se soucie de ce qui se passe en nous? Ce champ pourtant si proche de notre perception? La romance a cette tâche: explorer ce que nous sommes en-dedans, elle met de l’avant ce que nous ressentons: des formes diverses de l’intimité. Vous pouvez dire que la science, c’est plus important, mais se connaître, ça l’est bien autant, à mon avis. Et ne me parlez pas des défauts de la romance, je les connais (trop bien, d’ailleurs): c’est toujours la même histoire (hahaha) et on connaît déjà la fin. Cela dit, nous pourrions dire la même chose du roman policier (mais lui, nous ne lui en tenons pas rigueur, hein?). Nous pourrions dire la même chose de la vie elle-même! Et alors? La preuve que ce qui compte, ce n’est pas la fin, mais le voyage…

Bref, j’écris de la romance (mais pas que). Ce sous-genre mal-aimé, détesté, duquel on adore ce moquer. Pour cause! Il est écrit par des femmes et pour des femmes! Ceci explique très bien cela, d’ailleurs. Et vous savez quoi? Je n’en ai cure! Moi, ces femmes, je les aime, dans toutes leurs différences… J’aime aussi mes héroïnes. J’aime le fait qu’elles soient diversifiées. Au fil de mes histoires, ces femmes luttent, elles surmontent des épreuves, elles se trompent, tombent, se relèvent, elles font des erreurs aussi, parce qu’elles en ont le droit (n’en déplaisent à certains). Mes histoires sont rarement des parties de plaisir (la vie en est-elle une, d’ailleurs?), mais mes héroïnes finissent toujours par surmonter les épreuves que je leur envoie. Toujours.

Parce que les femmes sont fortes. Même dans les romance (oui oui!)

À toutes, bonne journée des droits des femmes. Votre présence illumine ce monde. Ne l’oubliez jamais.