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L’argent

L’argent est un grand tabou dans les arts en général. Beaucoup s’imaginent que les auteurs roulent sur l’or ou que, parce qu’ils ont un autre travail (ce qui est vrai pour plusieurs d’entres eux), que l’écriture n’est qu’un passe-temps.

Si vous êtes ici, c’est que vous avez une idée du temps que cela prend pour écrire un roman (sinon, vous le saurez bientôt). Ça prend du temps pour l’écrire, pour le peaufiner et pour le mener à terme. C’est un investissement. Il y a beaucoup de plaisir en route, certes, mais pas seulement.

Je l’ai dit au début de ce très long texte, mais écrire, ça exige des sacrifices. Et vu ce que ça rapporte, l’auteur est en droit de se demander si le jeu en vaut la chandelle. Au Québec, la plupart des auteurs ont un autre travail, ou alors ils ont des contrats externes à leurs revenus d’auteurs (rencontres dans les écoles, ateliers d’écriture, etc.) afin de pouvoir boucler leurs fins de mois. Et pour y arriver, croyez bien qu’ils doivent travailler beaucoup!

En France, depuis l’avènement du numérique, certains arrivent à vivre de leurs publications. Ce n’est pas la majorité, certes, mais il y en a. Si cela est un but pour vous, il faut faire le calcul. Combien de romans devez-vous écrire pour être rentable? Souvenez-vous qu’un roman n’a pas toujours le succès du précédent. Vous finirez peut-être par vous faire un nom, mais cela prend du temps. 

Patience. Patience.

Si les chiffres vous intéressent, sachez qu’au Québec, un best-sellers, c’est 5000 copies vendues. Si l’auteur reçoit 10% du prix de vente (exemple: 25$ le livre = 2.5$ par vente), je vous laisse deviner s’il est riche.

En bref, non.

Si vous écrivez pour devenir riche… je ne sais pas quoi vous dire. Bonne chance? Pas que vous ne pouvez pas y arriver (on peut toujours y arriver), mais c’est qu’il faudra y investir beaucoup de temps, surtout pour obtenir la régularité d’un salaire (n’oubliez pas que vous êtes payé une fois par an, au bout de 18 mois après la publication, et que votre a-valoir est déduit du premier paiement).

La réalité n’est pas simple, hein? Mais si c’est votre but, foncez! Qui suis-je vous pour en empêcher? Vous êtes peut-être l’exception! Il y en a, après tout! GO GO GO!

Pour ma part, l’argent n’est qu’un volet, et pas le plus important dans ma pratique. Mais ça, c’est moi. Je peux – et j’ai déjà choisi – volontairement des contrats moins payants parce que je n’étais pas bien dans certaines structures. Parce qu’au-delà des sous, il y a la santé mentale (rien ne vaut votre santé, sachez-le, même si vous gagnez beaucoup, même si… n’importe quoi). Vous êtes plus important que vos livres. Toujours.

C’est aussi la raison pour laquelle j’ai délibérément mis l’édition sur la glace pendant plusieurs mois (ce n’était pas toujours simple, car il faut faire attention aux chants des sirènes!) Je le répète, ce n’était pas parce que ce n’était pas payant (au contraire), mais parce que j’avais des deadlines ridicules, je devais constamment revérifier mes chiffres, mes paiements, vérifier pourquoi mes romans n’étaient plus disponibles ici ou là, remplir des documents pour pouvoir être payée. Bref… la gestion autour de ces publications était devenue intenable.

Ajoutez cela à… mon emploi et ma famille – qui sont et qui resteront mes priorités.

Je n’ai rien contre les patrons, hein, mais j’en ai déjà un. Ça me suffit.

Il y a quelques années, j’ai vu une entrevue avec René Angelil dans laquelle il disait qu’il fallait toujours prendre une décision comme si on avait un million de dollars en banque, même si on ne l’a pas. Dans chaque sphère de votre vie, posez-vous la question : si j’avais un million de dollars, est-ce que je signerais ce contrat? Est-ce que j’écrirais ce roman ou un autre? Est-ce que je referais les choses de cette façon? Souvent, poser la question, c’est y répondre. 

Faites ce qui est le mieux pour vous. Et si l’argent est important, alors trouvez un moyen pour en faire. Et beaucoup, juste pour déjouer les statistiques!

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