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Le piratage

Quiconque publie aura (très certainement) le choc de trouver son livre gratuitement sur Internet. De voir des chiffres astronomiques juste en-dessous de la couverture prouvant sans l’ombre d’un doute que X personnes l’ont téléchargés.

Horreur!

Toutes ces ventes perdues!

J’ai été dans votre situation. J’ai fait des colères. J’ai été choquée. J’ai arrêté de partager mes écrits en temps réel. J’ai fait retirer des tas de copies pirates des serveurs.

Bref, je comprends le sentiment.

En ce domaine, il n’y a malheureusement pas de solution miracle. Le piratage existe. Il ne va pas disparaître. Pensez aux films ou aux jeux vidéos que vous avez pris de cette façon. Qui est blanc comme neige? Oui, bon, j’en connais, mais ils sont peu nombreux!

Ce qui choque, c’est parce que cela vous touche.

La première règle, c’est que tous ces téléchargements ne donnent pas lieu à des lecteurs. Les gens prennent, mais c’est surtout pour collectionner. Peut-être un jour liront-ils les 10 000 livres qu’ils ont piratés.., mais peut-être pas (c’est même assez logique). En d’autres mots, ces gens ne sont absolument pas des acheteurs potentiels. C’est un chiffre bidon. Ne vous faites pas avoir.

Pour avoir eu des livres en autoédition avant passage en maison d’édition, je vois encore des « chroniqueurs » faire des sorties sur mes romans qui sont, j’en ai bien peur, piratés (4 ans plus tard, forcément… soit la PAL était interminable, soit tu es juste bête de lire une version qui n’a pas été autant retravaillée que celle qui est publiée, mais soit!). Ces vieilles versions circulent encore 5 ans plus tard. À être piratée, j’aurais préféré qu’ils prennent la version corrigée, mais passons…

Si, les premiers temps, j’étais découragée (pour ne pas dire en colère – car il faut quand même du culot aux gens pour me taguer avec une version pirate, hein!), mon côté prof m’est vite venu en aide. Il faut éduquer. De ce fait, la plupart du temps, je le prends avec humour: « Ah tiens, tu fais des chroniques sur la version pirate? C’est du joli! » Généralement, ça gêne la « chroniqueuse » qui vient s’excuser et je passe à un autre appel. Tout le reste serait perte de temps.

Soyez clair, ça ne me fait pas plaisir, mais il y a des gens qui ne savent même pas qu’ils piratent! Ils cherchent en ligne, ils trouvent et puis ils lisent, voilà tout! Pour les autres, je leur fais poliment remarquer qu’ils sont indélicats (pour ne pas prendre un autre terme). Je ne leur fais pas de pub, je ne lis même pas leur chronique (en fait, si, mais je fais comme si), et surtout: je ne la partage pas!

Chaque semaine, je vois des auteurs faire des sorties sur le piratage en mode Calimero. Je le répète: je comprends! Mais se plaindre sur les réseaux sociaux ne règle rien (à part m’embêter, je l’avoue). Ah, si, ça fait un petit buzz (pauvre toi, moi je ne ferais jamais ça! C’est terrible! Je vais aller me battre contre ces harpies qui te piratent, mouahhaha).

Je le répète, ça ne règle rien.

On peut contacter notre éditeur (mais certains ne font rien, puisque c’est une lutte incessante), on peut aussi aller sur les serveurs qui hébergent notre texte pour leur demander d’enlever le document en question (en prouvant qu’on en est le véritable auteur), mais en réalité, c’est un avaleur de temps qui n’apportera qu’une solution temporaire au problème.

Ma solution? Il faut apprendre à vivre avec. Il faut lâcher prise et envoyez paître (en privé) ceux qui osent venir vous montrer leur fichier pirate. Certes, ce n’est pas facile. C’est même très énervant, mais c’est le plus simple pour votre santé mentale. Et elle vaut beaucoup, celle-là, croyez-le bien.

Quand un chroniqueur pirate affirme aimer mon roman, je lui suggère toujours d’aller acheter une copie légale pour encourager l’auteur (en papier, pourquoi pas?) Et vous savez quoi? C’est arrivé assez souvent qu’on le fasse! Vous seriez même très surpris! Si je ne faisais que me plaindre, vous pensez qu’ils l’auraient acheté?

D’ailleurs, je l’avoue humblement, je pirate mes propres livres au format numérique (mea culpa to me), mais j’ai une bonne raison: mes éditeurs ne me les envoient jamais. Mais j’aime bien en avoir une copie à moi. Juste après, je fais virer les liens! Disons que je joue le jeu durant la première semaine après la sortie officielle…

Mais comme je suis cohérente avec moi-même, je vous répète que vous avez le droit d’être choqué et de vouloir remuer ciel et terre pour régler le problème (mais je ne vous écouterai pas vous plaindre – c’est contre mon zen). C’est un peu comme la pollution: on ne peut faire que sa part – et en parler sur Facebook – qui pollue énormément, d’ailleurs – ne changera absolument rien à rien, malheureusement… (mais si ça vous fait du bien, qui sait?)

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