Doctorat

Résumé du sujet

Littérature dite de « bon marché », le roman sentimental ou la romance (pour utiliser un terme d’origine anglaise désormais très répandu) est non seulement l’un des plus anciens genres romanesques[1], mais il représente, en 2013, « 52% du marché du livre aux États-Unis, avec un chiffre d’affaires de un milliard de dollars[2] ». À partir des années 1960, sous l’impulsion du roman Harlequin, ce type de texte a été largement diffusé en traduction dans le monde entier. Le succès de Twilight (2008) de Stephenie Meyer, mais surtout de Fifty Shades of Grey (2012) de E.L. James, dont la trilogie s’est vendue à plus de cent millions d’exemplaires, a donné un nouveau souffle à la littérature sentimentale qui, auparavant confinée aux grandes surfaces, a discrètement trouvé une place dans les librairies, faisant émerger de nouveaux sous-genres qui repoussent les limites de la structure amoureuse classique. C’est le cas de la dark romance, illustrée par Captive in the Dark (2014) de JC Roberts, et qui propose une histoire avec des teintes sombres, basée sur la séquestration, le viol et le syndrome de Stockholm. 

Depuis 2012, ces transformations ont eu une influence substantielle sur le roman d’amour d’expression française, généralement limité depuis les années 1970 à des traductions de l’anglais qui ont supplanté les romans d’amour en français dans la tradition de Delly, Max du Veuzit et Magali[3]. Le développement de nouveaux créneaux génériques au sein de la production sentimentale, de même que l’avènement du numérique et des plateformes d’autoédition en ligne ont donné lieu à l’émergence, en Europe francophone et au Québec, de petites maisons spécialisées (telles Amorosa, Laska, Numeriklivre et L’ivre-book). Afin de profiter de l’engouement du lectorat pour des récits originaux en français, les grandes maisons (telles J’ai lu, Harlequin, Bragelonne, Hugo & Cie, puis, un peu plus tard, Hachette et Albin Michel) ont décidé de s’y intéresser aussi.

Si les travaux de Julia Bettinotti et d’Ellen Constans dans les années 1980 et 90 ont mis en relief les paramètres thématiques et formels du roman sentimental de type Harlequin, on s’est très peu penché sur l’évolution récente d’une écriture dont le caractère sériel a connu des déclinaisons multiples. Sur le renouveau de la production d’expression française, les travaux sont encore plus rares. Postulant l’existence d’une romance d’expression française originale, qui s’emploie à trouver sa place dans une mer de romans anglophones, la présente étude vise à brosser un portrait du roman sentimental écrit en français entre 2012 et 2017, années cruciales en ce qui a trait à l’émergence d’un ensemble textuel substantiel formé de près de 1 000 récits (si l’on compte ce qui a été autoproduit).

Cette recherche s’engagera dans une réflexion à caractère générique sur l’évolution des traits narratifs de ces nouveaux romans dont les auteurs ont dû se situer face aux développements dans la littérature sentimentale qui ont marqué le début du millénaire du côté anglophone, mais aussi relativement aux représentations des relations amoureuses véhiculées par la culture populaire, notamment les séries télévisées. Cependant, une telle réflexion ne prend tout son sens que lorsqu’on considère les conditions économiques et culturelles qui, dans le monde éditorial, ont contribué à façonner la production à l’étude. Abordant l’émergence de la romance d’expression française comme une question d’histoire littéraire, cette recherche inscrira donc l’analyse générique dans son contexte culturel spécifique. Elle se penchera ainsi sur la transformation que connaissent certains codes du roman d’amour lorsqu’on les fait migrer vers un cadre différent (en terme de lieu, de type de personnage et de tissu social), tout en mettant en relief le rôle de l’autoédition numérique dans la diversification des matières narratives exploitées par le roman sentimental (notamment dans les sous-genres à la mode issus de l’autopublication en ligne : l’homoromance, le new adult et la dark romance). Cela permettra de dégager, dans la production à l’étude, la façon dont les nouveaux supports, en imposant de nouveaux paramètres de sélection et de diffusion des écrits, ont eu une influence importante non seulement sur les motifs textuels, mais sur la manière d’écrire, en favorisant la brièveté et la segmentation.

[1] Ellen CONSTANS, « Roman sentimental, roman d’amour. Amour… toujours », Belphégor, vol. 8, no 2, 2009, p. 6.

[2] « “Romance”, roman populaire : la littérature dans tous ses ébats », Le Nouvel Observateur, 24 mars 2013. En ligne.
https://www.nouvelobs.com/culture/20130324.AFP7597/romance-roman-populaire-la-litterature-dans-tous-ses-ebats.html

[3] Signalons, à ce sujet, les efforts sans lendemain de la maison Harlequin pour imposer, au début des années 1980, la collection « Columbine », formée d’une centaine de titres rédigés originellement en français.

Quelques textes en lien avec mon sujet (à venir)

  • Qu’est-ce que la romance?
    – une brève histoire de son évolution.
  • Distinguer les genres de la romance.
  • Les impacts de la sérialité dans la romance francophone actuelle.

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