Écrire

É

Le commencement

Avant de songer au livre, il y a d’abord un rapport de base avec l’écriture. C’est le début de toute chose. Quand ? Comment ? Pourquoi ? Cela vous appartient. C’est votre histoire. 

Personnellement, j’ai commencé à écrire parce que j’avais une trame en tête depuis des années (on a tous des histoires en tête, sachez-le), mais voilà que des gens m’ont dit : « écris-là, j’aimerais ça la lire ». Il n’en fallait pas plus pour que je m’installe à mon ordinateur et que je laisse les mots sortir de mes doigts (et de ma tête). Mes comparses me lisaient chapitre par chapitre en quémandant la suite.

Résultat : en trois mois, j’avais le premier jet d’une trilogie de 900 pages (très brouillon), mais terminée.

Laissons de côté ma vitesse d’écriture et revenons au début de cette histoire, parce que ce commencement est tout sauf anodin.

Écrire, c’est mettre sa vie en suspens pour qu’apparaisse celle de ses personnages. Beaucoup commencent, mais se découragent dès qu’ils comprennent quelle discipline cela implique. Car quoi qu’on en dise, écrire exige du temps – beaucoup de temps! Et je n’ai pas (encore) abordé la question de la réécriture.

Quand je dis que ma trilogie (qui n’a jamais été publiée d’ailleurs) a été écrite en 3 mois, beaucoup me regarde avec de grands yeux (dédaigneux, pour être honnête, mais passons). Vous ne l’avez pas lue que, déjà, vous la jugez. Libre à vous de le faire. C’est normal.

Sauf que je l’ai écrite. Complètement.

Écrire, ça demande du courage. Terminer un roman, ça exige un sacrifice.

Mais j’ai écrit cette trilogie. Personne ne me jettera la pierre quand je dirai à quel point j’en étais fière. Cette histoire était sortie de moi. Mot à mot. Elle était là, sur l’écran de mon ordinateur. Je l’avais fait.

Voici où je veux en venir : beaucoup veulent écrire un roman. Certains le font. Certains le publient. Ce sont là trois catégories à part entière. Trois étapes, si je puis dire. Mais il faut prendre le temps de voir ces étapes.

Écrire, ce n’est jamais anodin. Ce n’est pas juste un passe-temps. C’est aussi un sacrifice. Je l’ai dit et je vais le répéter : cela prend du temps (beaucoup) et de la détermination aussi (peut-être même plus que du temps). Buter sur une scène, chercher le bon mot, la bonne structure, la façon adéquate de rendre l’histoire accrocheuse pour un lecteur, ce sont des étapes essentielles. Des heures à ne pas regarder la télé, à ne pas sortir, à sacrifier des matins calmes ou des soirées en amoureux.

S’assoir pour écrire, c’est un début. C’est mieux que ceux qui ne le feront jamais. Maintenant, tenez le rythme afin de mener votre projet à bon port.

    La routine d'écriture

    Quiconque fait le Nanowrimo comprend que, pour écrire un roman, il faut rendre chaque minute libre productive, même quand l’inspiration n’est pas au rendez-vous (surtout quand elle n’y est pas, en fait). Pour atteindre les 1667 mots quotidiens exigés par ce défi, il faut gruger sur son heure de lunch, traîner son carnet d’écriture, se lever un peu plus tôt, se trouver une petite heure, le soir, pour avancer une scène, même si on sait qu’il faudra la réécrire plus tard.

    Sachez que tout est rarement parfait au premier coup.

    Chaque personne qui désire écrire un roman devrait se doter d’une routine d’écriture. La vie est chargée, le temps se fait de plus en plus rare, de ce fait, la question qui s’impose est : qu’allez-vous sacrifier? Une heure de sommeil, le matin ou le soir ? L’émission que vous regardez religieusement, le dimanche ? Établissez les moments d’écriture possibles et tentez de voler quelques minutes ici et là durant la journée pour avancer votre histoire. Le soir, en posant votre tête sur l’oreiller, vous serez parvenu à avoir des mots en plus sur un roman en devenir. Il vaut mieux 100 mots que rien du tout. J’ajouterais même : il vaut mieux 10 mots à rien du tout, même si ça paraît minuscule. La raison est simple : pendant que vous cherchez ces mots, votre histoire continue de tourner dans votre esprit. La scène rejoue en boucle, en attente d’être écrite, ce qui vous oblige à rester coincé dans votre histoire.

    Parce qu’il faut rester coincé avec elle.

    Moins on accorde de l’attention à notre manuscrit, et plus l’ambiance ou la voix de nos personnages nous échappent. Souvent, il faudra tout relire pour pouvoir replonger dans l’univers que nous avons mis de côté. Gardez votre histoire vivante à votre esprit. C’est essentiel pour poursuivre et pour arriver à bon port.

    Ma routine n’a rien de stable. Certains vont privilégier les carnets, le iPad, le téléphone portable et noter des scènes pendant leurs déplacements. Le métro et le train de banlieue sont non seulement des endroits inspirants, mais voilà du temps « perdu » que l’on peut intégrer à sa routine d’écriture. Personnellement, j’habite à 5 minutes de mon travail, de ce fait, je ne compte plus sur mes déplacements pour écrire, mais sur mes pauses. Entre deux cours, je m’enferme dans mon bureau. Le soir, quand mon fils est couché, je me réserve une petite heure. Parfois, quand j’ai un moment de libre, je me réfugie dans mon histoire et fais monter le compteur. En écriture, chaque moment est le bon moment. Attendre ne sert qu’à repousser votre histoire. Quand on veut écrire, on doit s’en donner les moyens.

    Si la routine vous paraît trop contraignante, donnez-vous des objectifs journaliers. Stephen King suggérait d’écrire 1000 mots par jour. Si un roman « normal » compte entre 50 000 et 90 000 mots, remarquez qu’un premier jet pourrait voir le jour dans un laps de temps relativement rapide.

    Si tout va bien, évidemment.

    Chaque auteur sait que l’écriture d’un roman n’a rien d’une ligne droite. C’est plutôt un tracé en zigzags, avec des imprévus (oh, un nouveau personnage – ah, cette scène qui m’emmène là où je ne voulais surtout pas aller et qui m’oblige à revoir toute ma première partie).

    Cependant, même si la route est sinueuse, chaque mot, même ceux qui finiront effacés, vous emmène vers la fin de votre manuscrit. Vers un possible roman.

    Tenez bon !

    Compter ses mots

    Depuis que le petit compteur de mots du nanowrimo m’a donné le boost nécessaire à poursuivre l’écriture de façon quotidienne, j’ai décidé de poursuivre l’aventure de mon côté, chaque mois.

    Oui, oui, vous avez bien lu, je compte mes mots tous les jours (enfin, quand j’écris !)

    Pour ce faire, j’ai créé un fichier Excel dans lequel je note tous les mots que j’écris. C’est tout simple. Je prends le total des mots de la journée et je le déduis du jour précédent. À la fin du mois, je regarde mon total. Comme le nanowrimo propose d’atteindre 50 000 mots en un mois (ce qui fait 1667 mots/jour), je me suis ajouté une petite barre de progression dans mon document afin de me motiver davantage.

    Parfois, ça reste blanc, mais parfois, je dépasse la barre !

    À quoi ressemble mon fichier pour mars 2020 ? Voici les 9 premiers jours. Notez que j’indique aussi mes relectures (ça me permet de voir que je travaille, même dans les journées sans mot)

    Voir le cumul des mots, semaine après semaine, est une source de motivation pour moi. Et comme j’écris surtout des pavés, je constate régulièrement que, même quand j’ai la sensation de ne rien avoir écrit, c’est faux. J’ai écrit. J’en ai une preuve tangible grâce à ce document. Quand je suis tout près de battre mon record du mois, il m’arrive de forcer la note pour rester éveillée un peu plus longtemps (juste pour arriver à un chiffre rond : 2000 mots, par exemple).

    Cela me permet, à la fin de chaque année, de vérifier les mois difficiles et les bons mois d’écriture (quand j’enseigne, ce n’est pas toujours évident, mais les vacances ne sont pas toujours productives non plus). En réalité, ce qui fonctionne, c’est quand j’ai envie de mener un projet à terme. Même quand j’ai la sensation de tourner en rond, mon compteur de mots est là pour me montrer que ça avance. Qu’il faut s’accrocher et poursuivre !

    Si ce type de compteur vous motive aussi, je vous partage ma feuille Excel dans la boîte à outils (éventuellement, je vous montrerai à la faire dans la zone tutoriels). Mais il existe aussi des compteurs virtuels à ajouter à votre blogue sur vous le souhaitez. Cherchez progress bar html avec wordpress (si c’est votre outil web) et vous devriez y trouver votre bonheur. Sinon, inscrivez-vous au Nanowrimo, vous comprendrez vite pourquoi la progression de cette barre est aussi agréable à voir, jour après jour…

    La détermination

    Quand j’ai commencé à écrire, je ne savais pas ce qu’il fallait pour arriver à la fin de mon manuscrit. Je voulais juste aller le plus loin possible dans mon histoire. Et puis, un jour, la fin est apparue dans mon esprit et je voulais réellement la finir. Écrire est une drogue, tous les écrivains le savent. Quand on met le doigt dans l’engrenage, il nous engloutit tout entier. Mon récit m’obsédait. J’y pensais jour et nuit. Le soir, dès que je posais ma tête sur l’oreiller, je réfléchissais à la scène suivante, celle que j’écrirais le lendemain. Je choisissais même les mots à utiliser. Le jour, au travail, j’entendais la voix de mes personnages me souffler à l’oreille ce que je devais leur faire faire. J’imaginais ce qu’ils allaient dire, comment l’action allait faire avancer mon récit et de quelle façon j’allais attaquer la suite. Le soir, il me suffisait de tout retranscrire, vite, avant d’oublier quelque chose et, surtout, de perdre ce fil conducteur qui me guidait vers la fin.

    Mais tout cela ne suffit pas.

    Même si je suis quelque de très enthousiaste dans la vie, je ne vais pas vous mentir : la motivation, ça se travaille. Ce n’est pas un sentiment au beau fixe. Elle fluctue, surtout quand les épreuves arrivent. Quand une scène nous rend fou, quand on doit revoir tout un pan de notre histoire, voire… tout jeter avant de tout recommencer.

    Ça arrive plus souvent qu’on le croit, d’ailleurs.

    Un auteur, vous commencez à en douter, c’est quelqu’un de persévérant. Quelqu’un de déterminé. Pour terminer un roman (surtout le premier), ça ne prend pas que du temps, ça prend surtout un désir d’arriver à ses fins. Surtout quand on patauge dans l’inconnu. Surtout dans les moments difficiles.

    Je le dis souvent : quand l’inspiration va tout va, mais quand elle disparaît, ce n’est pas le moment de prendre une pause, bien au contraire! C’est le moment de prouver que vous êtes celui qui tire les ficelles de l’histoire.

    Mais comment rester motivé quand nos personnages n’en font qu’à leur tête?

    Quand j’ai commencé ma première trilogie, j’avais une super équipe autour de moi : ces filles qui m’avaient dit de prendre la plume pour écrire. Elles ne m’ont pas abandonnée à mon sort, bien au contraire! Elles me lisaient au fur et à mesure que j’écrivais, chapitre par chapitre, et exigeaient la suite, ce qui me motivait à écrire pour la leur donner. Ce sont d’abord ces encouragements qui m’ont donné le goût de poursuivre. C’est pourquoi, si je n’avais qu’un truc à vous donner, c’est celui-là : entourez-vous de lecteurs. Partagez vos écrits. Récoltez des commentaires. Donnez-vous un public capable de vous motiver en cours d’écriture.

    La motivation, c’est d’abord quelque chose qu’on a en soit, mais elle peut tout aussi bien venir de l’extérieur. Toute aide est bonne à prendre. Si le besoin s’en fait sentir, allez en chercher!

    Le syndrome de la page blanche

    Il arrive que l’écriture ne veuille pas sortir. Que les mots restent bloqués. Que tout ce qu’on essaie ne fonctionne pas.

    Faut-il arrêter d’écrire pour autant ?

    La réponse est simple ? Non.

    Si on attendait toujours l’inspiration avant d’écrire, sachez qu’on n’écrirait jamais. Vous croyez que les auteurs attendent le « bon moment » pour travailler ? Que c’est toujours facile ? Vous serez déçu !

    En vérité, il faut écrire dès qu’on a du temps, même si c’est mauvais, même si on doit s’arracher les mots avec difficulté. À force d’écrire, on avance. C’est plus facile de revenir sur notre bout de texte que de repartir de rien. Et plus on écrit, plus cela devient facile. Il faut forcer l’écriture pour montrer à votre roman que vous n’allez pas le laisser tomber. Pour montrer à votre tête qu’elle doit coopérer. Si ça vous rend fou, changez de scène, revoyez votre structure, relisez ce qui existe déjà… bref, faites n’importe quoi en lien avec votre roman pour garder un lien actif avec lui. Une phrase, c’est mieux que rien. Deux, c’est encore mieux. Continuez ainsi, vous aurez un paragraphe.

    Si vous le pouvez, écrivez à heure régulière pour que votre cerveau s’habitue à ce rythme. Pour qu’il accepte de coopérer au fil du temps.

    Et si vraiment cette histoire ne veut pas sortir… eh bien écrivez-en une autre.

    Ou, dans le pire des cas (pire étant un peu exagéré ici), lisez. Quelque chose en lien avec votre roman, si c’est possible : faites des recherches, feuilleter un livre théorique ou un roman dans le même genre que le vôtre, qui utilise les mêmes thèmes.

    Surtout : n’attendez pas que l’inspiration arrive.

    Si le sujet vous intéresse, voir l’article du Pigeon décoiffé sur le blocage en écriture.

    Trouver des premiers lecteurs

    N’est pas lecteur qui veut, j’en sais quelque chose. Si beaucoup se fient sur leur propre cercle familial ou d’amis, ce n’est plus mon cas. Cela peut arriver, certes, mais dans un second temps uniquement. Quand le premier jet est bouclé – et pas avant. Mais nous y reviendrons.

    Au fil du temps, j’ai eu différents lecteurs (ce qu’on appelle des bêtas lecteurs). Ce n’est pas simple de les trouver, surtout les bons, ceux qui arrivent à voir les incohérences, qui décèlent les faiblesses du texte et qui arrivent à avoir un recul suffisamment intéressant pour avoir des suggestions sur l’ensemble du récit. Cela est même très rare.

    Pour ma part, je n’hésite jamais à partager mes écrits. Non seulement les retours durant la phase d’écriture me motivent à poursuivre, mais de savoir que d’autres attendent, ça me donne la motivation nécessaire pour m’atteler à la tâche. Si vous n’avez personne de confiance (ou d’intéressé à vous lire) tentez une plateforme en ligne comme Atramenta ou Wattpad. N’ayez pas peur qu’on vous vole vos idées ou vos textes (ce n’est pas seulement l’idée qui fait le roman, mais la façon dont vous allez l’exploiter et l’écrire). Au besoin, si vous angoissez à sauter le pas, ne partagez que le début. Cela vous donnera un début de retour sur votre texte, mais prenez en considération que celui-ci peut être négatif.

    Oh ! Et soyez patients ! N’oubliez pas que personne n’attend votre texte ! De ce fait, il peut être long avant de recevoir un premier retour de lecture.

    Au fil des ans, j’ai eu recours à plusieurs méthodes pour recevoir des commentaires. Au début, c’était mon petit clan. Puis, j’ai publié un texte sur Atramenta et, au bout de quelques semaines, les premiers retours sont arrivés, avec des suggestions de corrections ou de précisions. Maintenant, je n’ai plus autant de patience d’attendre. Je demande directement à mes lecteurs qui a envie de lire tel genre de texte et je forme un groupe Facebook avant partager mes chapitres au fur et à mesure que j’écris. L’avantage du groupe, c’est que cela permet de démarrer des discussions sur certaines scènes et de vérifier si les « punchs » sont compris trop rapidement par les lecteurs ou juste de voir les différents ressentis quand ils se confrontent.

    Je tiens à ajouter une petite note sur les mauvais retours alors qu’on est en cours d’écriture, car cela arrive. Généralement, les lecteurs sont trop gentils, mais parfois, il arrive que certains lecteurs soient plus durs qu’on le voudrait, ou alors ils s’attendent à une version un peu plus corrigée de votre texte (si c’est un brouillon, c’est important de le spécifier quand on lâche un texte dans la nature). Avant toute chose, il est important d’indiquer le genre de retour que vous espérez (est-ce seulement pour les fautes ? Pour les incohérences ? Pour l’attachement aux personnages ?).

    Pour ma part (mais cela reste très personnel à chacun), quand je suis dans le premier jet, je suis incapable de me concentrer sur les erreurs de mon texte. Si j’en reçois trop, cela peut facilement me démotiver à continuer l’écriture. C’est pourquoi je ne lis pas les commentaires de cet ordre en cours de route (je spécifie à mes lectrices de noter mes erreurs et mes incohérences, mais de me les transmettre uniquement quand le premier jet est terminé). Trop souvent, je me suis découragée en cours de route et le roman est toujours inachevé dans mon tiroir. Mais là encore, c’est ma façon de procéder, et c’est l’expérience qui me l’a apprise. Chacun n’a pas la même approche. Certains sont incapables de commencer un nouveau chapitre tant que le précédent n’est pas parfait. Moi, c’est l’inverse : j’essaie de tracer jusqu’à la fin en revenant le moins souvent possible derrière. Chaque méthode convient si tant est qu’elle fonctionne pour vous. Il n’y a pas de recette miracle : il faut essayer jusqu’à ce qu’on trouve celle qui fonctionne !

     

    Si le sujet vous intéresse

    Les filtres d'écriture

    Quand on écrit, on prend rapidement conscience de tous les filtres qui sont installés (malgré nous) dans notre tête. Vous savez, ceux qui nous empêchent de dire tout haut des choses qui pourraient blesser les autres ? Ceux-là mêmes ! Parfois, on a une scène qu’on voudrait écrire (de sexe hard, par exemple) et notre cerveau se met à court-circuiter notre inspiration avec une question hautement embarrassante : que vont penser mes collègues/mes amis/ma famille s’ils lisent ce passage ?

    La seule réponse acceptable dans cette situation est : on s’en fout!

    Quand on écrit, et c’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit d’un premier jet, on ne doit jamais songer aux autres. Seule l’histoire compte. Que ce soit un meurtre, un viol ou même un passage qui peut être en lien avec votre propre vécu et qu’un autre pourrait capter… écrivez ! C’est votre devoir d’écrire la scène telle qu’elle est censée apparaître dans votre roman et de nourrir vos mots avec vos propres émotions. Pour le reste, il y aura toujours la correction du texte et la réécriture (sans parler du filtre d’un éditeur, de la correctrice, etc.)

    Croyez-moi, vous aurez largement le temps de revenir sur ce passage qui vous angoisse tant. Faites taire votre filtre durant la phase d’écriture. Et apprenez à la faire taire… tout le temps (sauf en public hi hi hi).

    Durant l’écriture, on devrait toujours jeter nos tabous à la poubelle. Si vous en avez, et que vous en êtes conscients, utilisez-les comme moteur d’écriture. Mettez en scène un événement qui vous bouleverse de façon à jouer avec votre propre inconfort. Cela n’en rendra votre écriture que plus riche et plus vraie. Votre texte peut être mauvais, à revoir, à réécrire, etc. Mais s’il est juste et qu’il sonne vrai, c’est déjà beaucoup.

    Écrire l'érotisme

    J’ai hésité à faire une section sur ce thème, mais je sais qu’il s’agit d’un volet complexe en écriture, et pas seulement à cause de nos filtres personnels. On peut se plaindre que Fifty Shades of Grey est mal écrit, on peut aussi être jaloux de ses ventes et de tout ce que le phénomène a transformé au niveau de la publication (la romance a touché la librairie, le numérique a explosé, l’autoédition a eu une voix).

    Comme la moitié de mes publications sont en érotique, je me permets de vous offrir les conseils que j’avais déjà indiqué en 2015 sur Espace comprise et que je vais tenter de bonifier (à y être !)

    1. Le contexte avant le sexe

    Voici la remarque que je fais le plus souvent aux gens quand je bêta-lis dans ce domaine (et j’en fais très peu) : le contexte est aussi important sinon plus que le sexe lui-même. Le lieu, par exemple, peut être un déclencheur hautement suggestif (évitez les ascenseurs, cela dit – cliché !), mais prenez le temps de faire monter le désir avant de passer aux choses sérieuses.

    Vous avez hâte d’y être pour passer à autre chose, mais soyez vigilant. Tout le monde a vu un porno ridicule durant lequel le facteur sonne et la fille ouvre en petite tenue pour… dix secondes plus tard, se mettre à genoux pour lui faire une pipe. STOP. Si on n’y croit pas dans le porno, imaginez dans un roman. Perso, je zappe direct (et je ferme le livre dans la seconde, tiens).

    Le contexte, c’est ce qui englobe et permet au fantasme de s’accomplir de façon réussie. Pourquoi cette scène est-elle si chaude ? Parce qu’ils sont dans l’interdit ? Parce qu’ils ont peu de temps ? Parce qu’ils se désirent depuis trois chapitres ? Est-ce un jeu de couple ? Bref, planifiez la scène dans son contexte si vous voulez que le reste passe comme dans du beurre – enfin… vous avez compris.

    Il est plus facile d’écrire le contexte, de toute façon, alors faites-le bien !

    2. La cohérence

    Je l’ai dit, mais je le redis : vos personnages doivent être cohérents, et il va sans dire que cela vaut pour les scènes de sexe. C’est si important pour un lecteur de s’attacher aux personnages, de croire en leur existence… et je crois qu’en érotisme, ça l’est même davantage, surtout si votre but est de susciter l’excitation. Les personnages en carton n’ont aucun intérêt. Mettez-y du 3D !

    D’abord, dans l’intimité, vos personnages doivent agir avec leur personnalité propre – c’est-à-dire que si votre personnage principal est gêné, il serait mal venu d’en faire une bête de sexe au premier rapport. Montrez sa timidité, sa maladresse… elle a son charme ! Songez toujours à la cohérence.

    Que ce soit dans les proportions ou dans l’endurance… soyez plus que cohérent : soyez réaliste ! Ces femmes aux jambes interminables, aux cheveux plus blonds que le blé, qui est plus légère d’une plume et qu’on porte jusqu’au lit 4 étages plus haut… Euh… on peut se calmer ? Et là encore, n’oublions pas les hommes aux abdos découpés à la perfection avec un engin dont la taille est digne d’un cheval (mais calmez-vous, enfin !) ou encore, je n’ai pas parlé de leur performance… interminable ! Les pilules bleues… vous connaissez ?

    C’est bon, on peut arrêter de rire ? Parce que si vous suscitez des rires, ça va, mais ce n’est peut-être pas le but recherché !

    Ce qu’il y a de bien dans le sexe, ce n’est pas que tout soit parfait, mais que, dans l’imperfection, quelque chose de parfait surgisse. J’ai un personnage qui est terriblement nerveux avant l’acte et ça lui donne un très joli charme. Du coup, la première fois se passe moyennement bien. Heureusement, il se reprend au deuxième tour ! Vos personnages sont humains. Ils sont faillibles. Et c’est tant mieux! Les failles… il y a plein de lumières dedans et plein de jolies choses à en dire, surtout!

    3. Songez au lecteur

    N’oubliez jamais que le sexe est de l’ordre du privé. Vous devez donc réfléchir à la place du lecteur dans cette intimité que vous mettez en scène. Placez-vous dans la tête d’un personnage. Donnez des repères aux lecteurs pour comprendre ce qu’il se passe. Faites répéter une phrase à monsieur pour éviter que l’éjaculation soit trop rapide. Laissez madame rêvasser à Christian Grey (celui du roman, pas celui du film, par pitié) pendant l’acte. Le côté humain aidera votre lecteur à prendre part à l’action sans avoir l’air d’assister à une simple performance non crédible. Si ça se trouve, votre lecteur a un petit côté voyeur…

    4. Évitez la vulgarité

    Quoiqu’on en pense : le sexe est beau. Il est naturel. Il est normal. Même dans ses déviations. Même dans ce qui est très loin de votre nature à vous. Vous n’êtes pas là pour juger, mais pour montrer (show don’t tell, tout ça, vous vous souvenez ?)

    N’oubliez pas que vous écrivez une histoire. Vous êtes dans le mode littéraire. Vous avez envie de mettre des gros mots ? Si vous y tenez, mais cela me paraît souvent de mauvais goût – déjà que vous abordez un domaine complexe, n’en faites pas de trop. Nous ne sommes pas dans un porno, mais dans un texte érotique. Dosez votre vocabulaire. Oui, dans l’action, certains dialogues peuvent être bruts, mais cela doit être naturel et cohérent (on y revient toujours, hein ?). Si cela sort de la bouche de vos personnages, soit ! Mais dans votre narration, restez neutre, poli et courtois. Même les situations les plus dures doivent être décrites avec justesse, mais surtout : avec respect.

    J’ajoute aussi qu’il y a certains mots que je refuse d’utiliser dans mes textes (mais je ne vous les nommerai pas). Ce sont des mots qui me font sortir de ma lecture, généralement, que je trouve mal choisis, vulgaires ou juste… inappropriés. Mais ça, c’est moi. À vous de trouver les vôtres. Songez aux mots justes. Ceux qui rendront réellement justice à votre scène.

    Et même s’il est complexe de varier son vocabulaire dans ce genre de scène, dites-vous que d’autres y arrivent (dois-je vous rappeler que lire est le meilleur des enseignements en ce domaine ?) Allez ! faites-vous un peu plaisir ! Lisez-en, pour voir !

    5. Sortez de la répétition

    Outre le vocabulaire, on peut dire que la pénétration est un acte relativement… répétitif. Vous pouvez varier vos positions autant que vous tournures de phrases, si votre personnage ne fait qu’un incessant aller-retour pendant une demi-page, ce sera vite lassant. Rendez vos scènes intéressantes à lire ! Ajoutez un fou rire, un regard qui transperce l’âme, quelque chose qui démontre que cette scène est importante. Vous ne l’avez pas mis là pour le plaisir ? Non ? Si ? Si c’est le cas, rendez-là plaisante à lire ! Faites-en une fête !

    Personnellement, à la relecture, je coupe tout ce qui est inutile (du moins, j’essaye), si une scène ne sert à rien, je coupe. De ce fait, si ces scènes sont difficiles à écrire, autant lui donner leur statut d’intouchables ! Ce serait triste de retravailler un passage pendant des semaines pour le couper au final, hein ?

    Personnellement, j’aime beaucoup l’instant où le sexe devient plus qu’un jeu. Vous savez, les amants qui se voient pour passer du bon temps et puis… soudain… il y a un dérapage. Quelque chose se passe. Un lien se forme. Ça, c’est une scène qu’il importe de décrire. C’est d’ailleurs mes préférés !

    En réalité, ce n’est pas l’acte qui importe, mais ce qu’il se passe dans cette scène. Le sexe touche le domaine de l’intime. Cela peut être un jeu pour certains, mais pour laisser quelqu’un entrer en nous (ou vice versa), il y a néanmoins un contact (physique, mais pas seulement). Notez tout ce que la proximité avec un autre implique, tout ce que les désirs de l’autre peuvent bousculer dans ceux de votre personnage.

    N’oubliez jamais de jouer avec les limites. De jouer avec les mots. C’est ça, votre tâche !

    6. Parlez du corps, pas des gestes

    Donnez une place aux sensations, bien plus qu’aux gestes. Ce n’est pas un jeu de Twister (la main est ici, le pied est là), mais une écriture des sens. Un effleurement peut allumer un personnage. Un baiser peut susciter un trouble bien plus érotique qu’une relation complète. Que madame fasse une pipe, soit ! Mais que ressent-elle ? Que fait l’homme pour prolonger ce moment ? Que font ses mains au moment du plaisir ? Quel est son cri lorsqu’il perd la tête ? Décrivez la sensation. Pas l’acte. Par exemple : comment sait-on que votre personnage est sur le point d’avoir un orgasme ? Quels sont les signes (visuels ou sonores) ? La mécanique est plutôt inutile. Ce qui intéresse un lecteur, c’est de pouvoir se projeter dans des sensations qui touchent trouvent écho dans sa propre l’intimité!

    7. Surprenez le lecteur

    Un texte érotique n’a pas à être spectaculaire ou acrobatique, mais elle peut néanmoins être originale. Une situation toute simple peut dégénérer ou avoir son lot de magie. Prenez un chemin inattendu dans votre récit. Déjouez le lecteur au détour d’une phrase. Madame s’ennuie avec son rendez-vous Tinder ? Pourquoi ne repartirait-elle pas avec le serveur ? Un type rencontre la femme la plus magnifique qui soit ? Et si c’était un homme qui se cachait sous cette robe ? Amusez-vous ! Vous avez le pouvoir de déjouer la perception de vos lecteurs par le biais des mots. Donnez-leur des frissons, des chaleurs, des rires, des émotions… Déposez une histoire qui ne s’oubliera pas de sitôt dans leur tête.

    8. Offrez de beaux orgasmes

    La raison des ébats est, évidemment, d’atteindre l’orgasme (qui dira l’inverse?. Frustrez vos personnages, s’il le faut, et aussi longtemps qu’il vous plaira, mais quand ce moment arrive, rendez-le inoubliable. Parfois, il est si vite décrit, à peine évoqué, que je dois revenir en arrière pour m’assurer que j’ai bien lu. Hein ? Tout ça pour ça? Allez, quoi ! On ne lit pas une scène érotique pour voir la finale bâclée! Songez aux gestes qui semblent banals : est-ce qu’ils s’embrassent ? Est-ce qu’ils se touchent ? Est-ce qu’ils entrelacent leurs doigts ? Dans ces moments-là, ça compte doublement. C’est là où l’intimité se forme, en réalité. Donnez envie au lecteur de vivre cet instant précieux en compagnie de vos personnages!

    9. Prenez votre pied !

    Les experts disent tous la même chose : si on s’ennuie à écrire un texte, on s’ennuiera sûrement à le lire. Amusez-vous en écrivant ! Prenez votre pied, s’il le faut ! Et surtout : assurez-vous que votre lecteur en fasse autant quand il lira votre scène !

    J’ajoute néanmoins un détail qui n’en est pas un. Souvenez-vous de vos filtres d’écriture, ceux qui vous donnent envie de vous censurer. Ne le faites pas. Sous prétexte que vous appréciez écrire certaines scènes, on croira que vous y mettez de votre intimité, c’est vrai, mais la raison est toute simple : les mots ont le pouvoir de toucher vos lecteurs dans ce qu’ils ont de plus intime. Jamais on ne vous demandera si votre histoire d’horreur, de vampire ou de lapin rose est vraie. Mais dans un texte érotique, le lecteur ressent des choses qui trouvent parfois un écho dans une zone qui relève du privé.

    Et même si c’est désagréable de se faire juger sur ses écrits par ses proches (c’est la vie), sachez que c’est un gain : vous avez réussi à créer une scène tellement réaliste que votre lecteur a la sensation qu’elle est possible. N’est-ce pas votre tâche de faire en sorte que vos écrits sonnent vrai, après tout?

    10. Travaillez votre première fois

    Les premiers textes érotiques sont souvent les plus difficiles à écrire. Au fond, c’est un peu comme la première fois dans un lit : on apprend, on cherche le bon geste, le bon rythme. On est gêné dans certaines situations, on rigole, on se sent maladroit… mais plus on le fait, plus cela devient naturel. Écrire, c’est pareil (et pas seulement dans ce genre – je l’ai déjà dit).

    Si vous êtes anxieux dans l’écriture des scènes X, écrivez-en une qui sera bien trash et que personne ne lira : mettez-y tous les mots crus qui vous plaisent, ajoutez-y tous vos préjugés, tout ce que vous ne feriez jamais (surtout pas !) et faites-le dans un style brut. Purgez-vous! À la relecture, changez, adoucissez, épurez, peaufinez… Petit à petit, vous trouverez vos repères, votre vocabulaire et vous découvrirez aussi vos limites !

    Bref, écrivez d’abord sans vous prendre la tête et restez vous-même. N’en mettez pas inutilement. La raison pour laquelle les gens lisent des textes (érotiques ou non), c’est pour sortir de leur quotidien. Pour ressentir des choses. Pour vivre des expériences ou une autre vie. Surtout pas pour lire un manuel de biologie ! Si votre texte leur permet de s’évader… et de frissonner… alors votre mission sera accomplie!

    Souffrez !

    Les clichés ont la vie dure, je sais. N’oubliez pas que j’écris de la romance ! Or, on a tous l’image de l’écrivain torturé, qui souffre pendant qu’il écrit. La première règle est d’oublier cette image. Écrire, cela peut être souffrant, certes, mais pas toujours. Personnellement, je ne connais rien de plus exaltant que l’instant où mon histoire se dessine sur l’écran de mon ordinateur. L’instant où mes personnages commencent à m’habiter et à avoir une personnalité propre – leur personnalité. Là, c’est comme si un univers parallèle prenait place dans mon esprit et que j’étais arrivée au point de non-retour. Non seulement mes personnages ne voudront plus jamais coopérer si l’histoire ne leur convient plus, mais c’est le moment où j’ai la sensation de les faire vivre en écrivant. C’est aussi la raison pour laquelle je pleure quand ils souffrent ou quand ils meurent. Ne réprimez pas ces émotions. Si vous riez et pleurez durant l’écriture, il y a de fortes chances que votre lecteur en fasse autant. Et ça, c’est le véritable miracle de l’écriture.

    En réalité, je vais dire quelque chose d’étrange : si écrire est un acte souffrant, pour vous, faites-le quand même avec plaisir. Faites-le parce que la satisfaction de boucler votre projet est là, au bout du chemin. Faites-le pour expulser cette histoire qui vous hante. Trouvez un moyen d’y prendre du plaisir. Beaucoup de plaisir, si possible.

    Quand j’entends des écrivains se plaindre qu’écrire leur est très souffrant, je me demande toujours pourquoi ils continuent. Je dirais même que les soupçonne d’en mettre un peu pour donner une aura aux gestes qu’ils posent. Moi, je ne m’en cache pas : j’adore ça ! Certes, il faut être légèrement masochiste pour écrire : pour mettre sa vie de côté afin de créer celles de nos personnages imaginaires, pour attendre des délais inimaginables pour être publié, parfois pour être très peu lu, et encore moins payé. Mais quand c’est fait avec plaisir, on y trouvera toujours notre compte.

    Votre rythme

    Quand on discute avec des auteurs, on a souvent que ce sont des machines tellement ils écrivent rapidement (je l’avoue, j’en suis une) et on a souvent tendance à comparer nos rythmes d’écriture.

    Voilà une très mauvaise idée.

    Une histoire peut sortir vite comme elle peut se faire attendre. Chacun a une relation unique avec les mots. On peut écrire beaucoup très rapidement, mais du grand n’importe quoi. On peut écrire lentement, mais avoir moins besoin de réécrire. Ou pas. Tous les scénarios existent. L’important, c’est de connaître votre rythme d’écriture et de le respecter. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de mots qui s’accumulent chaque jour, mais de savoir qu’il y en aura toujours un peu plus quand vous allez dormir.

    Votre roman avance-t-il? Si oui, c’est parfait ainsi. La vie est exigeante pour tout le monde, et pour certains plus que d’autres (lire ici : travail, famille, obligations, etc.) De ce fait, n’oubliez jamais que nous n’avons pas tous la même réalité. On ne peut pas tous se permettre de bloquer un moment dans notre journée pour s’adonner à l’écriture. Ce que vous pouvez faire, cela dit, c’est de garder un lien actif avec votre histoire le plus souvent possible pour que votre cerveau ne relègue pas cette priorité à un niveau inférieur. Vous devez déjouer ses plans de n’y voir qu’une tâche à effectuer parmi d’autres. Plus vous donnerez du temps à votre manuscrit, plus il avancera et plus il aura ses chances de sortir de votre tiroir. Et votre cerveau finira par comprendre que l’écriture est une priorité.

    Écrire un roman n’est pas une course, c’est un marathon. Il faut garder ses forces si on veut se rendre à la fin.

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