Réviser

R

Show don't tell

Pour avoir lu beaucoup de manuscrits, voici mon premier conseil : cessez de tout donner à votre lecteur. L’adage dit Show, don’t tell, et il est vrai. L’auteur a tendance à faire des recherches pour écrire, et voilà qu’il veut absolument passer tout ce qu’il a découvert sur… un type de champignon vénéneux, par exemple. Si vous écrivez du fantastique, ne mettez pas la description de votre monde dès le départ. Laissez place au doute et à l’imagination. Donner simplement des éléments au fur et à mesure que l’histoire se passe. Cela allège le texte et permet à votre lecteur d’être intrigué par ce que vous laissez présager. Rien n’est plus lourd qu’un texte descriptif, surtout quand tout arrive au début du roman.

Cela étant dit, je ne dis pas qu’il faille bannir les descriptions, loin de là ! Je dis surtout qu’il faut montrer les choses sans avoir l’impression de tout expliquer. Faites confiance à l’intelligence du lecteur. Passez certaines informations dans un dialogue, par exemple, mais évitez de tout regrouper dans un bloc de texte qui découragera le lecteur de poursuivre sa lecture. Bref, trouvez une méthode efficace pour rendre votre texte compréhensif sans l’alourdir inutilement.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce conseil souvent répété aux jeunes auteurs, Show, don’t tell est une méthode qui vise à alimenter son écriture autour des actions, des sensations et des réflexions des personnages, plutôt que de simplement tout expliquer dans un interminable paragraphe. Un exercice intéressant, c’est de revoir un paragraphe dur à lire (ou trop explicatif) et de réfléchir à une façon de le rendre plus vivant en utilisant cette méthode.

Ma méthode va dans le même sens : je vois mon histoire comme un film. Sans narrateur (vous savez, celui qui parle tout le long que la caméra se promène dans la pièce ?) Moi, je ne décris rien, je montre seulement ce qui se passe (l’action, en général, et souvent du point de vue d’un personnage – selon ce qu’il ressent). J’ajoute simplement les descriptions nécessaires à la compréhension de l’histoire. Ni plus ni moins.

Si le sujet vous intéresse

Les sens

Comme beaucoup d’auteurs, on voit souvent le film de notre histoire dans notre tête. De ce fait, on décrit souvent visuellement ce qui se passe dans notre roman. Or, si je ferme les yeux et que je songe réellement à ce qui se passe dans une scène en particulier, il y a de fortes chances que mes autres sens interviennent. Par exemple, si un personnage arrive dans une pièce qu’il me faut décrire, par exemple : les tapisseries, la hauteur du plafond ou le bruit du tapis qui étouffe les pas de votre personnage… remarquez que tous ces objets ont d’autres particularités que leur couleur ou leur forme. Ils ont des textures, des odeurs, une épaisseur. Faites intervenir d’autres sens dans vos descriptions de façon à rendre votre scène plus crédible et plus vivante. Il ne faut pas exagérer, évidemment, mais plus vous utiliserez vos autres sens, plus vous porterez attention aux détails quand vous réfléchirez à une scène.

De même, les personnages ont des sens, de ce fait, ils sont censés ressentir des choses. La douceur d’une brise, le murmure qui provient de la pièce d’à côté. Prenez place dans le corps de votre personnage pour bien ancrer le moment que vous décrivez. Le visuel n’est qu’un élément. Allez quelque part, fermez les yeux et décrivez ce qui se passe autour de vous sans voir quoi que ce soit. C’est un exercice tout simple, mais il vous offrira un vocabulaire riche lorsque viendra le temps de décrire une scène sous un angle différent.

Vous n’êtes pas forcé de mettre des descriptions de sens partout (parfois, quand on lit des suggestions de cet ordre, on a envie d’y aller à profusion, ce qui est le volet extrémiste de ces conseils). Dosez simplement vos descriptions. Variez-les un peu. Au fond, le but d’ajouter d’autres sens à vos écrits, c’est de rendre vos descriptions accessibles et vivantes.

La structure des phrases

Il y a quelques années, j’ai mis un texte sur internet et j’ai reçu des tas de retours : des bons, des mauvais, des éléments à corriger, etc. Puis, un jour, quelqu’un a écrit : attention aux structures de phrases identiques.

Sur le moment, je n’ai pas compris son message. Puis je me suis relue à voix haute pour faire un constat tout bête : cette personne avait raison.

Pour ma défense, quand je suis dans mon premier jet, j’écris vite. J’essaie surtout d’expulser l’histoire, mais quand vient le moment de relire, j’oublie parfois que mes scènes peuvent être livrées de plusieurs façons. C’est mon histoire, certes, mais il m’incombe également de la rendre la plus digeste possible pour mes lecteurs.

C’est là que l’écriture entre en compte.

Dans la plupart des récits, on cherche à décrire l’action. X fait ceci. X fait cela. X dit ceci. X dit cela. Cela semble réducteur, mais quand on lit des premiers jets, on a souvent la même structure de phrase qui revient. Il faut tenter de les varier, de rendre les paragraphes plus fluides, de casser le rythme.

Un truc tout simple : si vos phrases commencent toujours par Il ou par Elle, ou alors par Je (dépendamment de votre point de vue), variez-les. Commencez sur l’action directement.

Exemple : Emma téléphona à Joël quand un détail lui revient à l’esprit.

Exemple modifié : Se remémorant un détail, Emma composa à nouveau le numéro de Joël.

Dans l’exemple modifié, je casse le rythme et je précise l’action dans un même temps, mais il est vrai que les participes présents (remémorant, décidant, et autres verbes de cet ordre), ne sont pas reconnus pour être agréables à lire. Il faut donc, comme pour l’ensemble des mots choisis, y aller avec un juste dosage.

Exemple amélioré : Dès qu’elle se remémora un détail, Emma s’empressa de rappeler Joël.

C’est tout simple (ou presque, comme toujours !).

Si vos phrases sont toujours très courtes, essayez d’en fusionner deux ensembles ou de donner plus de précision à l’action. Variez les rythmes aussi. Certes, ce n’est pas de la poésie, mais il n’empêche pas que la lecture reste une sorte de mélodie dans notre esprit. Vos mots doivent donner à voir et à entendre.

Le point de vue

À l’arrivée de Twilight, puis de Fifty Shades of Grey, est arrivé une mode qui est toujours en cours dans le domaine de la romance : l’écriture au présent, à la première personne du singulier. Moi-même, il m’arrive de l’utiliser dans certains de mes romans. Cela permet au lecteur d’être davantage dans l’action. D’ailleurs, l’utilisation du « je » a aidé beaucoup de jeunes à reprendre goût à la lecture (ce qui n’est pas une mince affaire). Ce simple pronom à pour mérite de les impliquer directement dans les aventures des différentes histoires qu’ils consomment (on est de la génération iTruc ou pas).

Depuis, beaucoup utilisent cette méthode pour raconter leurs histoires.

Personnellement, c’est le texte qui m’indique de quelle façon je devrais l’écrire. J’ai du passé simple, du présent, du « je » et du « il ». Il m’arrive d’écrire une page ou deux avant de recommencer. Le ton n’est pas le bon. De ce fait, souvent, je change de point de vue, pour voir…

Cela étant dit, soyez alerte : il y a des lecteurs qui refusent de lire des romans si ce n’est pas au « je ». Il ya même certaines maisons d’édition qui exigent une façon de faire dès le départ (le je au présent, notamment).

Faut-il prendre position ? Faut-il tout revoir dès le départ ? Non ! Votre texte a une voix. Il impose ses règles. Il importe de ne pas la trahir. Certes, il se peut que la seule maison qui accepte votre manuscrit impose de revoir l’ensemble de votre texte et de tout réécrire d’une façon ou d’une autre. C’est la vie. Vous le ferez si vous désirez y être publié. Mais à l’étape de l’écriture, ne songez surtout pas à cette mode. Songez à votre histoire et à rien d’autre.

Le premier chapitre

Si vous fréquentez les forums de discussions en lien avec l’écriture et la publication des jeunes auteurs, vous verrez souvent des auteurs se plaindre des maisons d’édition qui refusent leurs manuscrits et qui ne les ont probablement jamais lus. Certains vont même jusqu’à récupérer les copies pour se rendre compte qu’aucune page n’a été pliée.

Qu’une maison n’ait pas le temps de lire un manuscrit, c’est possible. Je ne dirai pas l’inverse.

Mais peut-être a-t-on lu le premier chapitre pour voir le ton, la façon d’amener le sujet et l’écriture du texte ?

Quand je dis cela à des jeunes auteurs, ils s’offusquent (avec raison) en soutenant que l’envoi d’un manuscrit coûte cher (quand on ne peut pas le faire en ligne) et que le premier chapitre n’est qu’un préambule à leur histoire. L’histoire, la vraie, commence plus loin.

Erreur.

L’action devrait toujours commencer au premier chapitre. On devrait même être tellement dans l’action quand on ouvre le manuscrit qu’on doit absolument lire le prochain chapitre, puis le prochain… et tout le manuscrit !

Vous voyez où je veux en venir?

Le premier chapitre est le curriculum vitae de votre roman. Il doit tout donner. Montrer qui vous êtes en tant qu’auteur et ce que vous pouvez faire. On doit plonger dans l’histoire et ne plus avoir envie d’en sortir. Oui, déjà.

Si cela signifie de revoir toute votre structure, faites-le. Comme on dit : on n’a jamais une deuxième occasion de faire une bonne première impression, et c’est précisément la tâche de votre premier chapitre.

Si votre manuscrit commence par une longue description du pays que vous avez inventé afin de faire comprendre à vos lecteurs ce qui s’en vient… recommencez. L’information n’a pas à être donnée dès le départ. Elle ne devrait d’ailleurs pas l’être. Impressionnez-nous par une scène de combat, une joute verbale ou une rencontre inoubliable. Le reste peut attendre. L’attention du lecteur doit être complètement happée avant la fin de votre premier chapitre (idéalement, dans les premières pages).

Mon conseil ? Allez relire vos débuts et rendez-les inoubliables! On vous pardonnera peut-être vos longueurs plus loin, mais jamais au début !

La cohérence

Gardez toujours en tête que la meilleure idée du monde ne fera pas nécessairement un bon roman. Ce n’est pas l’idée qui compte, mais son développement et, bien souvent, sa cohérence. Il se peut se passer des situations abracadabrantes si elles sont justifiées et bien amenées. Dès qu’un souci de cohérence se fait sentir, le lecteur risque de décrocher (moi la première), alors imaginez un éditeur ! Personnellement, je laisse une chance (parfois deux) à l’incohérence avant de refermer le livre.

Je ne suis pas contre les scènes exagérées, bien au contraire, la littérature en est remplie, mais celle-ci doit avoir un sens et emmener l’histoire quelque part, sinon à quoi bon ? Les rencontres fortuites, ça va une fois, peut-être deux, mais dans un village, pas dans une ville de 10 millions de personnes ! Si vous faites débarquer des extra-terrestres, pas de souci, mais restez bien dans votre genre littéraire et faites une œuvre cohérente du début à la fin !

N’oubliez pas vos personnages dans cette équation, et surtout : leur personnalité. Si votre héroïne passe son temps à pleurer à chaque problème qui survient et que, subitement, elle devient courageuse et motive les troupes… vous avez intérêt à nous montrer l’évolution de son caractère avant d’en arriver à cette scène.

Souvenez-vous que vos personnages réagissent aux événements de votre histoire. Ou plutôt, ils subissent les épreuves que vous leur avez préparées. Laissez-les souffrir – longtemps, s’il le faut – mais toujours de façon cohérente avec la personnalité dont vous les avez dotés.

Si une guerre se prépare, je doute que vos personnages aient vraiment envie de dormir, sinon pour tenter de prendre du repos avant l’heure fatidique. Je crois plutôt qu’ils devraient se préparer, sachant qu’ils risquent de mourir. Ils dormiront bien assez s’ils échouent !

La cohérence de vos personnages, c’est avant tout ce qui les rend vivants, et surtout : crédibles. Le lecteur doit s’y attacher et avoir envie de suivre leurs aventures. N’oubliez pas que ce sont eux qui portent votre histoire. Si votre héros agit comme un enfant de 12 ans alors qu’il en a 40, je ne suis pas certaine que vos lecteurs y croient. Pensez-y ! La cohérence doit être partout : dans le comportement de vos personnages, mais aussi dans leurs agissements et dans leurs réflexions (qui ne sont pas nécessairement les vôtres !) N’oubliez pas de vous mettre dans la peau de vos personnages. Ce n’est pas vous !

    Deux ex machina

    On pourrait traduire cette locution latine par « Dieu est sorti de la machine » pour régler tous les problèmes d’un coup de baguette magique. Or, dans votre roman, vous êtes Dieu. Du moins, vous l’êtes si on sent votre présence et que vous intervenez afin de faire avancer les choses plus vites que prévues. Ou plus facilement.

    Autant le dire tout de suite : voilà une bien mauvaise idée.

    D’abord, si votre structure n’est pas bien ficelée, inutile de faire apparaître un superhéros ou de trouver une idée qui ne tient pas la route pour régler un conflit de façon incohérente. Vous avez mal réfléchi à votre action ? Reprenez la scène, la partie ou tout le roman en entier. On ne doit jamais sentir que vous tirez les ficelles. La seule place visible qui appartient à l’auteur dans son roman, c’est son style. Partout ailleurs, votre présence doit être en retrait afin que celle de vos personnages puisse prendre le relais.

    Les clichés

    J’écris de la romance, de ce fait, je suis tout à fait apte à vous parler de clichés. Ou presque. Et le plus incroyable, c’est que je ne vous dirai jamais de ne pas les utiliser. Qui le pourrait puisque tout à déjà été écrit ? Écrire un roman, ce n’est pas réinventer la roue, mais c’est assurément le faire à votre façon, et si possible : avec une touche d’originalité.

    Si vous utilisez des clichés, faites-le peu et faites-le bien. Il faut absolument que cela serve votre histoire. Assurez-vous de les façonner/adapter/transformer de façon à ce qu’on les revisite en compagnie de vos personnages. Utilisez l’ironie si cela s’y prêtre. Dans tous les cas, si c’est bien fait, on vous trouvera même audacieux de l’avoir traité ainsi.

    En romance, tous les scénarios ont déjà été réécrits des milliers de fois, à des sauces parfois trop relevées ou trop fades, parfois carrément immangeables. Or, chaque année, il y a des romances qui se distinguent, comme il y a des récits policiers ou des thrillers qui arrivent encore à nous surprendre. Pourtant, dans la plupart des genres, la recette est largement connue et simple à reconnaître. C’est pourquoi, quand on s’inscrit dans un genre littéraire, il y a tout un historique dont il vaut mieux tenir compte.

    Écrire dans un genre particulier, c’est comme être candidat à Masterchef. À partir d’ingrédients que tout le monde utilise en cuisine, il vous revient de faire un plat digne d’un grand restaurant. C’est la raison pour laquelle il vaut mieux connaître plein de recettes afin de ne pas avoir la sensation de servir un plat qui goûte le réchauffé à vos lecteurs.

    ajax-loader