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Apprendre à écrire

Lorsque j’ai terminé ma première trilogie, je l’ai fait lire, relire, puis j’ai fait ce que la plupart des écrivains font : je l’ai imprimé et envoyé à plein d’éditeurs. Et il est arrivé ce qui arrive à la plupart des jeunes auteurs : mon manuscrit a été refusé. Pas une, pas cinq, mais bien une bonne dizaine de fois.

Quand on commence dans ce métier, ce qu’on voudrait, c’est un éditeur sur notre épaule pour nous expliquer clairement ce qui coince dans notre histoire. Qu’on nous pointe une scène, qu’on nous dise : tel personnage n’est pas crédible pour telle et telle raison. On voudrait voir ce qu’ils n’aiment pas et comprendre ce qui ne fonctionne pas.

Bref, on voudrait apprendre le métier.

La mauvaise nouvelle, c’est que personne ne vous dira comment écrire. Jamais. Pas même un éditeur. Ce dernier fera des suggestions et c’est souvent dans ces corrections que vous apprendrez ce qu’est un verbe faible et quelles sont vos répétitions d’écriture (les mots qu’on utilise trop souvent et qu’on ne remarque pas) ou même vos darlings (ce qui est trop vous et pas assez… votre texte).

Vous pourrez cumuler des diplômes en littérature, ce n’est malheureusement pas ainsi qu’on apprend à écrire. Certes, vous allez maîtriser un peu plus les règles grammaticales, vous aurez des recettes en poche et une connaissance des classiques, mais cela reste bien peu.

En vérité, pour apprendre à écrire, il faut écrire.

C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Plus on écrit, plus on maîtrise les mots, un peu comme un sculpteur. À force de sculpter, il comprend davantage son matériau, son dosage, sa façon que son argile réagit à certains gestes. etc. La métaphore est boiteuse, mais elle n’en est pas moins juste. Un pianiste arrive à jouer les yeux fermés sur son instrument, mais cela ne s’est pas fait en un jour. Il en a fallu de la pratique. Si les mots sont votre matériau premier, il n’y a pas de secret. Vous devez écrire jusqu’à ce que cela devienne plus facile à faire. Jusqu’à ce que vous arriviez à écrire la scène telle que vous la vouliez dans votre récit. Lisez pour observer comment les autres les utilisent. Apprenez de nouveaux mots comme un peintre chercherait une nouvelle couleur.

Travaillez votre matériau.

De la lecture

Si voulez réellement que les mots deviennent votre matériau artistique, alors il faut les aimer. De ce fait, lisez. Beaucoup. Et dans tous les genres possibles. Conservez un dictionnaire sur votre table de chevet et apprenez de nouveaux mots. Faites ce qu’il faut pour favoriser vos apprentissages dans ce domaine. Laissez-vous émouvoir par les histoires des autres. Décortiquez une scène qui vous touche et réfléchissez aux textes qui vous laissent de glace.

Lire est primordial pour alimenter votre écriture. Pour apprendre à écrire. Pour réfléchir sur vos histoires.

Certains disent refuser de lire afin de ne pas être contaminés par les histoires existantes, par peur que leur subconscient s’inspire trop des romans lus. Par peur du plagiat aussi. En réalité, c’est généralement l’inverse qui se produit. Quand on ne lit pas, on a du mal à être original, parce qu’on croit ce que notre texte sort de l’ordinaire (or, en lisant un peu, on réalise que… pas tellement, en fait).

Personnellement, j’ai des phases dans lesquelles j’écris, des phases de correction et des phases de lecture (l’été, par exemple, quand j’ai vraiment beaucoup de temps devant moi). Je binge des livres et non des séries. Je dévore tout un dossier de livres numériques (je trouve ça tellement plus léger en voyage), de la romance pour la plupart, puisque je passe le reste de l’année à lire pour ma thèse de doctorat. Quand je lis, je me laisse entraîner par l’histoire. Je mets mon éditeur à « off », même s’il n’est jamais très loin. Peu importe. Quand je n’aime pas un roman, je me questionne et je réfléchis à la façon dont je l’aurais écrit. Comment aurais-je traité ce thème ? Qu’est-ce qui m’a agacée dans ce texte ? Je note. Ne pas aimer un livre, c’est un moteur d’écriture. Je ne vous cacherai pas que j’ai écrit plusieurs romans en réaction à des histoires que je n’ai pas aimées.

En contrepartie, je passe plus de temps sur des livres que j’aime. Je regarde pourquoi ceux-ci m’ont particulièrement touchée et je tente d’analyser la façon dont le thème a été exploité dans cette histoire. Là aussi, c’est riche en apprentissages. Et nos connaissances, c’est la base de tout quand nous voulons écrire.

Mon conseil, puisqu’il en faut un : lisez! Pour aimer, pour détester, mais surtout : pour apprendre. Devenez des éponges et absorbez vos lectures : les thèmes, les personnages, les mots, les tournures de phrases. Nourrissez-vous de toutes les histoires qui vous traversent ! C’est comme un grand sac qui se remplit et dans lequel on peut aller piocher des ingrédients lorsque vient le temps d’écrire à notre tour.

Je vous souhaite un sac bien rempli !

La réécriture

Quand les premiers refus arrivent, le constat se fait : votre manuscrit n’est peut-être pas aussi bon qu’il aurait pu l’être. C’est signe qu’il est peut-être temps de songer à la réécriture. Ou à brûler votre manuscrit (selon votre humeur du jour). Vous vivrez plusieurs étapes. Vous songerez à abandonner, à détester tous les éditeurs qui n’ont pas su voir votre talent, puis vous vous direz peut-être que vous avez envoyé votre texte trop rapidement, sans le travailler suffisamment.

C’est l’option la plus probable de toutes.

Ce qu’il ne faut jamais perdre de vue, c’est que vous l’avez fait. Vous l’avez écrite, votre histoire ! Beaucoup n’en feront jamais autant. Abandonner maintenant? Vous n’y songez pas! Retroussez-vous les manches et remettez-vous au boulot ! Hop hop hop ! « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ! » disait Nicolas Boileau et il avait raison !

Croyez bien que le premier cycle est le plus difficile. Accrochez-vous à votre détermination. C’est là que les « vrais » auteurs se dévoilent. Quand on dit que le talent ne fait pas tout, c’est prouvé. Derrière chaque livre, il y a un travail monstre – même ceux que vous avez détestés !

Si vous désirez réellement écrire, alors faites ce que vous avez à faire : réécrivez. Peut-être pas tout de suite. Il est souvent nécessaire de prendre une pause avant de retravailler son texte. Cela nous offre du recul et la distance nécessaire pour voir son texte sous un œil neuf. Plongez dans une autre histoire, au besoin. L’autre peut bien attendre. Personne n’attend votre histoire, après tout. Et il vaut mieux qu’elle soit prête avant de la laisser s’envoler.

Le jour où on se remet à la tâche, il arrive que les erreurs nous sautent aux yeux. Cela est gênant, il est vrai. Mais peut-être vous faut-il des lecteurs ou des outils pour vous assister dans cette tâche ? Avant de demander de l’aide, investissez dans le logiciel Antidote qui saura vous aider, et pas seulement avec l’orthographe ou la grammaire, mais avec les structures de phrases bancales. J’ai pris un temps monstre avant de découvrir qu’Antidote décelait les répétitions ! Cette option m’a sauvé tant de fois. Savez-vous que la répétition d’un même mot agresse énormément la lecture ? Ce qui vous semble invisible devient parfois gros comme un éléphant pour un autre.

Une fois une première relecture/réécriture faite, testez à nouveau votre texte sur une plateforme en ligne. Allez vérifier sa réception. Prenez les commentaires, surtout les mauvais. À cette étape, il est primordial de tout remettre en question, même si ça signifie : couper la moitié du texte et réécrire tout le début. Dites-vous que c’est plus facile à réécrire qu’à écrire. Ce n’est absolument pas vrai, mais vous avez un avantage à cette étape : vous connaissez la fin de votre histoire. Vous avez apprivoisé vos personnages et vos situations. Faites-en sorte que vos mots sonnent plus vrais, ce coup-ci. Ne vous perdez plus dans les descriptions interminables. Allez directement à l’action et resserrez votre texte.

La relecture

Quand on a 400 pages à relire, on sait rarement par quel bout les reprendre. Il y a beaucoup de façons de faire : lire son texte à voix haute, changer la police de caractère pour le relire « autrement », l’imprimer pour le voir différemment. Personnellement, je mets mon texte dans le tiroir et j’en écris un autre. J’ai besoin de temps pour me détacher d’un texte et je n’ai rien trouvé de mieux que de plonger dans un autre univers pour pouvoir le faire. Cela signifie : lire des romans ou en écrire un autre. Parce qu’il faut du temps pour prendre du recul. Pour avoir un œil neuf.

Pendant que de nouveaux personnages me hantent, j’oublie les anciens. De ce fait, quand je reviens sur ce texte, je le regarde avec un éditeur sur mon épaule. Je doute de tout. Je chipote sur tout. Et je m’émerveille aussi, parfois. On n’écrit jamais que du mauvais (ouf) et c’est important de souligner les phrases qui nous plaisent et l’émotion que nos propres mots nous apportent.

! On a le droit d’être fier, aussi!

Le souci de se relire soi-même est simple : l’univers, on le connaît. Nos personnages aussi. De ce fait, quand l’un d’eux s’emporte, il arrive que l’on comprenne très bien pourquoi, mais un lecteur pourrait se retrouver complètement perdu devant cette même scène et pourrait juger ce comportement ridicule et inutile. Il faut tenter de se mettre à la place d’une personne qui n’a jamais lu le roman, et ça, c’est probablement le plus difficile à faire.

C’est aussi l’étape où il faut se trouver des alliés. Des lecteurs. Et des pestes, de préférence. Il y a trop de gens qui aiment nos histoires ou qui sont incapables d’expliquer ce qu’ils n’aiment pas. Par peur de blesser ou par manque de discernement, je ne sais pas, un peu des deux, probablement. N’est pas éditeur qui veut, après tout. Cela étant dit, quand on demande la vérité, il ne faut pas être blessé quand on nous la sert (parfois de façon indélicate). Cela fait partie du jeu. Il ne faut pas oublier que vous êtes seul maître à bord de votre roman. Si un commentaire vous déplaît, libre à vous ne pas le considérer. Mais n’oubliez jamais qu’un éditeur pourrait avoir le même et refuser votre manuscrit.

Les fautes

Quand je lis un texte, je tique sur les fautes. Je suis généralement assez tolérante, mais je me fatigue vite quand il y en a trop. N’allez pas croire : je sais que beaucoup en font (moi, la première) et c’est normal (quand on écrit, la pensée va vite… les doigts sur le clavier aussi !), mais il est important de se corriger, voire de se faire corriger. Votre manuscrit doit être le plus parfait possible avant d’arriver sur le bureau d’un éditeur. C’est vrai qu’ils ont des correcteurs, mais… si je ne peux pas lire votre texte parce qu’il est mal écrit, et que je tique chaque fois qu’il y a une faute… imaginez un éditeur.

Je vous l’ai déjà dit : les mots sont votre outil de travail, vous devez montrer que vous être apte à les manier. Si je bute sur une phrase trop souvent, je risque d’abandonner ma lecture. Et croyez bien que je suis bien plus motivée à lire un texte qu’un éditeur qui a une pile de manuscrits en attente ne le sera jamais.

Si vous désirez écrire, il y a des tas d’outils pour vous aider à corriger. Antidote est l’outil par excellence, même s’il est un peu dispendieux. Non seulement il vous aide à comprendre vos fautes (surtout, ne le faites jamais corriger sans vérifier ce qu’il fait, car il fera certainement pire que vous !), mais il vérifie les répétitions, les anglicismes, il vous aide à trouver des synonymes, etc.

C’est certainement votre assistant le plus précieux dans ce domaine.

Autrement, il y a des correcteurs gratuits, en ligne ! Allez jeter un œil dans la boîte à outils si vous croyez en avoir besoin !

Ensuite, trouvez-vous un lecteur capable de voir la majorité des « grosses » fautes dans votre document (toutes, cela est pratiquement impossible, même après de nombreuses relectures – mais faites le maximum). La correction, c’est un métier, mais cela ne doit pas vous empêcher de parfaire votre manuscrit autant que faire se peut. Je dirais même qu’il s’agit de votre devoir en tant qu’auteur ! Surtout si vous voulez qu’on vous lise !

Se jeter dans le vide

Avant d’aborder un éditeur, il peut être utile de tester votre texte sur le terrain.

Il y a des plateformes en ligne destinées à partager ses écrits, mais il y a aussi des communautés d’écriture et des groupes Facebook destinés à la bêta-lecture. Le principe est simple : si vous voulez des lecteurs, il vous faudra lire en retour (c’est donnant-donnant, puisque ce sont tous des gens qui cherchent la même chose que vous). Sinon, vous pouvez payer pour obtenir l’avis d’un relecteur professionnel (et ici, j’ajoute que le professionnalisme n’est pas toujours au rendez-vous du prix déboursé).

Si vous choisissez la première option, sachez qu’il peut être très formateur de scruter d’autres textes dans un souci d’amélioration (vous verrez qu’il est plus facile de voir les erreurs dans les histoires des autres que dans les vôtres). Cela vous permettra de jouer à l’éditeur et, parfois même, de constater vos propres erreurs en notant celles des autres.

Si vous préférez débourser pour une relecture professionnelle, faites vos recherches afin de ne pas prendre n’importe qui. À payer, autant trouver quelqu’un qui vous aidera réellement à progresser. Mais avant de faire cette démarche, assurez-vous d’être prêt à tout revoir. Les retours peuvent être difficiles !

Si les communautés, les forums et les plateformes d’écriture vous intéressent, il y a un répertoire d’outils disponibles dans la boîte à outils. Allez y jeter un œil, ça peut être un bon début !

Bref, c’est le moment de vous jeter dans le vide!

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